jeudi 19 mars 2026

Les pierres ont la parole.

 


Cet article est à la fois une reprise du fil de mon blog que j’ai délaissé faute de temps depuis décembre dernier mais aussi une reprise de ma route vers le Gard où je m’interroge de revenir bien vite tant cette région a du charme.

Mon précédent article était consacré aux églises Saint-Sulpice de Trignan et Saint-Julien la Renne auxquelles il faudrait ajouter Notre-Dame de Coussignac que je n’ai pas visité.

Ces trois églises ou chapelle toutes situées sur le territoire de l’actuelle commune de Saint-Marcel d’Ardèche ont la particularité de conserver des pierres en réemploi particulièrement intéressantes.

La chapelle Saint-Sulpice étonne plus spécialement par le nombre des pierres sculptées carolingienne qu’elle conserve intégrées à plusieurs emplacements de ses murs extérieurs et intérieurs. Pourtant deux d’entre eux ont été volés il y a plusieurs années et un autre fortement dégradé.

Ces sculptures d’une grande qualité de rinceaux et de grappes de raisins, laissent imaginer une œuvre élaborée et plutôt inattendue dans un lieu si modeste. Tous ces réemplois qui ont été utilisés de manière visible par les constructeurs de l’église actuelle devait sans doute être associés à un ouvrage cohérent comme un chancel ou un autel dont le témoignage est bien visible à l’intérieur.





Ce chancel dépouillé de ses sculptures est toujours bien visible ainsi qu’un bel autel monolithe qui date sans doute de la première église et ces deux œuvres ici réunies sont tout à fait exceptionnelles.



Le réemploi même de ces pierres n’est probablement pas le fait du hasard, comme le souligne Claudiane Fabre-Martin, mais aussi le signe d’un respect des bâtisseurs de l’église actuelle pour un édifice antérieur important ou singulier. Un seul de ces réemplois a été installé dans l’église actuelle et c’est grâce à ma guide locale que j’ai pu l’observer de la tribune.



Un autre réemploi médiéval est bien visible à la base du mur occidental. Il s’agit d’une stèle funéraire faisant mention de la sépulture d’un certain Ingrianus que Robert Favreau date du Xe et qui ajoute encore à l’intérêt de l’ensemble.



J’en viens enfin à la présence de deux pierres à trous dans les deux églises proches. L’une placée près du toit à droite du mur ouest de Saint-Sulpice et l’autre bien visible sur la façade de Saint-Julien. Ces pierres assez répandues dans la région sont les témoignages de bien des rites et croyances qui traversent le Moyen Age et dont les racines sont souvent bien plus anciennes.






Porteuses de propriétés curatives, fertilisantes et virilisantes elles étaient favorables aux mariages et aux enfants et encore récemment on faisait toucher de la tête ces pierres par les enfants malades ou les simples d’esprit ce qui rappellera sans doute une pratique rependue dans d’autres régions comme celle du « debredinoire » de Saint-Menoux dans l'Allier.


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