mercredi 24 août 2016

Note de Voyage été 2016 entre Aragon et Catalogne; la beauté "outrepasse" l'imagination.

Sant Climent de Taüll
L'Espagne est un pays de merveilles et de mélanges d'influences et de cultures ici le premier art roman se confronte à ses envahisseurs musulmans dans un curieux mélange de fascination et et de reconquête.

Partout l'on découvre ces influences, nulle part ailleurs ne s'y exprime avec tant de surprenante beauté l'art des mozarabes et le premier art roman méditerranéen.

J'espère par ces quelques images introductives à de nouveaux billets donneront envie de visiter ce fabuleux pays pour l'amateur d'art roman.

La crypte de Leyre

Biescas
Le clocher de Coll de Nargo


Sopéra Alaon

La crypte de San Juan de la Péña

Sant Jaume de Frontanya

San Juan de Busa


Santa Maria de Buil

Larrede
El Run

San Quirce de Pedret


dimanche 21 août 2016

Notes de voyage 1; entre Navarre et Aragon été 2016: le champ des étoiles.

Torrés del Rio
Voila plus de deux mois que je n'avais pas écris ici sans doute faute de temps et peut être d'une certaine motivation et j’interromps momentanément le cours de mes billets sur l'Allemagne pour écrire presque "à chaud" sur cette redécouverte du nord de l'Espagne.

Ce voyage n'était pas celui prévu il a été décidé très vite avec un certain degré d'impréparation mais avec enthousiasme en souvenir d'un voyage  similaire que j'avais entrepris il y plus de vingt ans avec mon père. Ce chemin qui est aussi en grande partie celui du devenu très populaire "chemin de Saint-Jacques" a vite pris l'apparence d'un pèlerinage intérieur à la fois profond et différent.

Javais déjà parcouru ces routes avec mon père aujourd'hui disparu dans un enchantement de découverte artistiques de paysages et des poésie du grand Antonio Machado, jusqu'au boucles du Douro et quelques années plus tard jusqu'à Compostelle à l’occasion des JMJ.

J'avais envie de revoir ces lieux, de redécouvrir Eunate qui était fermée à la visite à l'époque et aussi la fabuleuse coupole de Torres del Rio, splendeur inspirée de l'art arabe si présent dans ces terres. J'y ai fait aussi de nouvelles découvertes comme Aguerro ou la magnifique cathédrale de Roda de Isabena et de belles rencontres. Le chemin de Compostelle, si "en vogue" depuis quelques années reste un beau chemin et cette Espagne du nord rude et sauvage une terre de merveilles.
Eunate

Roda de Isabena, portes de la catédrale
Aguérro

J'ai une pensée particulière pour mon père ce vagabond des étoiles et amoureux de l'Espagne et ces belles personnes croisées, les gardiens des temples qui n’hésitent pas à donner les clefs de leurs églises ou ces compagnons de voyages qui chaque année parcourent une partie de la route entre amis et rencontré sur le parvis de l'église de Villamayor de Montjardin en Navarre.

Aujourd'hui je partage certaines de ces étoiles sur la route que je n'emprunterais qu'un moment pour me perdre à nouveau à la recherche d'autres merveilles de cet art roman qui transcende nos frontières.
Jaca

Artaiz
Jaca

Ainsa coupole du clocher


Estella, San Pedro de la Rua

jeudi 26 mai 2016

Froidefontaine, une fondation clunisienne en terre d'Empire.


L’actuelle église de Froidefontaine dédiée à Saint-Pierre est déjà située dans le Sundgau et manifeste les influences ottonienne. Sa fondation est due à Ermentrude veuve du comte Thierry de Montbéliard et sœur du pape Calixte II et de l’archevêque de Besançon. Cette haute personnalité décida de faire don de Froidefontaine à l'abbaye de Cluny en raison de la célébrité du lieu où un Saint-Maimboeuf fut assassiné à la fin du VIIIe siècle par des mécréants et fut enterré prés de la "froide fontaine". Le lieu généra rapidement un culte important en raison de nombreux miracles qui s'y produisirent.



L’édifice actuel amputé de sa façade possède une belle et sobre nef de quatre travées avec de grandes arcades en plein cintre reposant sur des piles monocylindriques à base octogonale. Il subsistent encore quelques chapiteaux dont seuls les tailloirs sont sculptés de motifs géométriques mais la plupart sont seulement moulurés et dépourvus de tout décor.




la nef est plafonnée et le chœur de plan oblong est voûté d’arêtes et s'accompagnait de croisillons partagés selon un parti adopté dans certaines églises rhénanes dont Saint-Pantaléon de Cologne.

L'abside est plus séduisante que la rudesse de la nef, et est ceinturée d'une corniche à cavet ponctués de dés et de crochets à tête humaine et une simple baie cintrée dans son axe. Peut être reconnaîtra-t'on dans l'un de ces impassibles visages celui du saint à l'origine de la fondation de l'église.




dimanche 22 mai 2016

Saint-Dizier l' Évêque; Un martyr et une pierre des fous .

Au cœur de l'actuel Territoire de Belfort à proximité de la frontière suisse la modeste église de Saint-Dizier possède encore quelques modestes traces de son passé roman en dépit de l'enlaidissement de sa façade et la reconstruction d'une église en style néo-gothique au XVIIIe siècle. Elle conserve cependant les bases de son clocher d'origine, l’ordonnance du vaisseau basilical roman un chevet pentagonal et une absidiole romane dissymétrique et de quelques chapiteaux cubiques fortement influencé par l'art alsacien





Mais son trésor le plus remarquable est les restes d'un mausolée octogonal dont on découvrit les fondations à la fin du XIXe dédiés aux Saints Dizier et Regenfrid, comprenant un sarcophage et un cénotaphe un loculus et des autels gallo-romains qui sont parmi les plus beaux exemples de la sculpture du Haut Moyen-Age dans la région.



La charte de donation de l'église à l'abbaye alsacienne de Murbach entre 735 et 737 évoque la légende du lieu qui veut qu'à l'origine existait une chapelle dédiée à Saint-Martin. Un évêque Dizier et son diacre y célébrèrent la messe en 670 et furent peu après leur départ assassinés par des brigands . Avant de mourir l’évêque aurait pu guérir un serviteur d'une blessure à la tête et manifester d’être inhumé dans ce lieu .

Le village devint très vite un lieu de culte très fréquenté et ce pendant tout le Moyen-Âge ce dont atteste la présence du cénotaphe dit "pierre des fous" en raison d'une ouverture pratiquée dans son socle où l'on faisait passer les aliénés en vue de leur guérison; et qui n'est pas sans rappeler le célèbre débredinoire de Saint-Menoux dans le Bourbonnais.

L'on peu encore admirer la force et l'habileté du sculpteur du sarcophage recouvert de feuilles enroulées et de coquillages et d'une croix entre deux arches à son extrémité.


Le cénotaphe est lui décoré d'un habile entrelacs de rinceaux sur l'une de ses faces et sur l'autre d'un décor géométrique de losanges et d'arcatures entre lesquels s'insinuent des vaguelettes et des feuillages et qui feraient presque penser à une toiture réinventée et qui témoigne de l'habileté du sculpteur du VIIIe siècle qui entreprit cette oeuvre émouvante et remarquable.



 On mentionnera que cette oeuvre autrefois située dans le chœur de l’église fut cependant " raccourcit" par un curé au XIXe qui la trouvait trop grande et empêchait le passage des fidèles...Il n'est pas inutile de souligner que nombre d'églises subirent ce genre d'outrages bien après la Révolution du fait même de leur plus "fidèles" et ignorants serviteurs .

mercredi 18 mai 2016

Quelques digressions sur l'art roman en Allemagne.

Il m'a semblé que ces prochains billets consacrés à la Souabe étaient l'occasion pour quelques remarques générales ou personnelles sur l'art roman en Allemagne qui reste un pays injustement mal connu ou négligé mais qui est pour moi un véritable chemin de découvertes souvent enthousiasmantes.
Réduire l'art roman à l'Allemagne actuelle est évidement une hérésie car il conviendrait de rétablir dans toute sa diversité l'art roman dans le Saint Empire. Mais le nombre considérable de monuments majestueux à découvrir suffira à la tâche.

Pour reprendre l'expression de Fernand Braudel l'on doit d'abord que cet art est de " longue durée". L'on admet volontiers que c'est avec les premiers empereurs saxons au Xe siècle que l'on doit parler d'art roman ou d'art ottonien qui se poursuivra au delà du milieu du XIIIe siècle alors qu'en France on est déjà à la floraison des grandes cathédrales gothiques.Mais que l'on ne s'y trompe pas il ne s'agit pas d'un art finissant mais bien d'un art roman dans la force de son expression.

Autre trait marquant , l'attachement pour des édifices de plan basilical avec de multiples déclinaisons des transepts; transept continu, transept bas, basiliques à croisées régulières ou sans transept qui sont la marque de l'attachement aux formes paléochrétiennes mais aussi au modèle impérial  ce qui peu laisser à penser à un certain conservatisme de l'art roman en Allemagne.

Il faut aussi noter une particularité singulière de l'art roman en Allemagne celle de de l'emploi du puissant massif occidental ou "Westwerk" souvent dépourvu de tout décor et en écho un goût certain  pour  "l'effet des masses" , des églises à doubles absides occidentales et orientales et les vastes coupoles ainsi que l'accumulation des tours des galeries extérieures et parfois des plans tréflés ou octogonaux...

Saint-Quirin de Neuss
Saint-Quirin de Neus
Sainte-Marie du Capitole Cologne

Ainsi le visiteur français sera t'il surpris de trouver bien peu de ces églises à façades harmoniques comme à Jumièges, Caen ou Reims mais surtout de ces églises à vaste chevet et déambulatoires et chapelles rayonnantes si caractéristiques à l'art français et aux modèles exportés par Cluny dans toute l’Europe du sud . Enfin on y trouvera bien peu de cette sculpture monumentale qui fascine tant les pèlerins de Vezelay, Moissac ou Conques enfin, les chapiteaux historiés sont également rares outre Rhin.
Avec l'usage aussi généralisé de la nef plafonnée et non voûtée, avec cependant quelques exceptions remarquables comme à Spire doit t'on pour autant conclure à une certaine unicité et même "pauvreté" de l'art roman allemand ?
Bien entendu il n'en est rien car l'on reste surpris par la grande variété des édifices des plus grandioses cathédrales au plus modestes chapelles ; mais aussi la puissance et l'harmonie d'un art roman qui sous l'influence d'un empereur très présent développe un sens évident de la majesté et de la grandeur . On est également séduit par le grands nombre d'objet liturgiques, sculptures sur bois, fonts baptismaux ou fontaines et parfois une certaines exubérance de la sculpture qui se libère au chevet des églises.
Saint Nicolas et Saint Médard Brauweiller
Saint-Géréon Cologne



Cathédrale de Spire
Cathédrale de Worms



Cathédrale de Worms




En tant que voyageur insatiable en "art roman " depuis des années, je dois cependant partager une impression que pourront ressentir d'autres voyageurs. En Allemagne les églises romanes peuvent paraître "neuves" et même, osons le mot factices tant elle sont restaurées systématiquement , ré-enduites, repeintes...Chaque pierre érodées semble avoir été remplacée par une copie ce qui ferait presque douter de leur authenticité qui n'est pourtant guère contestable. Il faut donc accepter de composer avec cette impression qui cependant permet d’appréhender  plus exactement ces édifices tels qu'ils devaient être à l'époque médiévale.
Enfin je tiens à souligner le grand plaisir du simple visiteur en Allemagne où les gens sont particulièrement accueillant et sympathiques, je ne mentionnerais ici que le gardien des clefs de l'abbaye de GrossKombourg qui a ouvert pour moi seul cette majestueuse église! Enfin et ce n'est pas négligeable pour qui sait chercher, l’hébergement et la table peuvent être exceptionnels et je conseille particulièrement ces multiples auberges que l'on trouve en particulier dans le massif de la Foret Noire qui redonnent un certain sens au voyage comme une forme de pèlerinage en terre de découvertes.

La plupart des billets que je partagerai seront renseignés de mes sources qui m'ont également aider a préparer le voyage. Malheureusement cette région de l'Allemagne est finalement peu renseignée les éditions du Zodiaque ayant eu la mauvaise idées de s’arrêter avant de couvrir totalement ce territoire à la Bavière et au Palatinat. Je me suis donc appuyé sur des sources anciennes mais fiables comme le livre de Harald Busch : " l'art roman du Saint-Empire" ou encore celui de Louis Grodecki: "L'architecture ottonienne" et enfin le très utile petit livre en allemand de Ehrenfried Kluckert : "Romanik in Baden-Württemberg" et quelques autres textes et livres épars trouvés sur place.