dimanche 23 novembre 2014

Yenne et Aoste de l'autre coté du Rhône.

Dans sa partie orientale le Rhône est encore un fleuve sauvage qui fraye son chemin dans un paysage accidenté de profondes vallées qui prennent parfois l'aspect de véritables gorges où se faufilent parfois de magnifiques cascades. Il est aussi la frontière naturelle entre les département de l'Ain de la Savoie et de l'Isère.

Aujourd’hui située en Savoie la petite ville de Yenne était une dépendance du diocèse de Belley , le plus petit de cette région . Dédiée à Notre Dame cette église est une fondation de la fin du XII ème dont seuls les murs de la nef et le portail sont romans.


Ce qu'il en reste est modeste si ce n'est la belle porte occidentale à triple voussures dont les chapiteaux sur colonnes possèdent deux intéressants chapiteaux.
le chapiteau de gauche figure l'annonciation et la visitation .



Celui de droite la présentation au temple et une scène plus délicate à reconnaître qui serait l'adoration des mages mais seuls deux rois sont représentés .


Plus au sud et encore sur la rive gauche du Rhône la petite chapelle de Saint-Didier d'Aoste , à proximité de l'antique fondation romaine Vicus Augustus et dépendance du diocèse de Vienne. Bien placée sur l'axe reliant la ville de Vienne à Genève et aussi l'Italie par le col du Petit Saint-Bernard.


C'est une harmonieuse église à simple nef et abside en hémicycle couverte d'une coupole sur trompe . Les fenestres et le clocher sont des ajouts postérieurs . On appréciera le beau parement des murs la porte occidentale et une porte sud avec linteau ornée d'une croix pattée très érodé . L'ensemble est une belle construction du XII ème siècle .




vendredi 21 novembre 2014

Balades en Rhône-Alpes . Saint Germain sur Renon .

De retour dans ma région d’adoption je vais proposer une découverte des multiples églises de la région Rhône-Alpes au gré de mes promenades et sans souci d'exhaustivité, comme si je suivais un chemin et comme je l'ai fait jusqu'à présent .
Cette région finalement peu connue permet la découverte de nombreuses merveilles de l'art roman; parfois de modestes églises et parfois de purs joyaux comme je tâcherais de le prouver ici car pour moi aucun monument n'est sans intérêt .
Cette région est une création hybride de notre siècle administratif mais à l'epoque médiévale   un creuset d'influences entre terre d'Empire et terre de France, traversée presque dans son centre  par le  Rhône menant de la Bourgogne à l'Italie et l'Espagne;  route de pèlerinages vers Rome mais aussi vers Compostelle .
Le grand massif alpin à l'est et les monts d'Auvergne à l'ouest sont loin d’être des barrières infranchissables et sont autant de voies obliques vers la Suisse, l'Italie, la Provence, le Languedoc, la Bourgogne et  autant d'influences et de styles qui s’entremêlent.
Mais cette grande zone géographique traversée par le le fleuve qui en est une sorte de ligne directrice  a connu de multiples foyers de rayonnements originaux aussi bien  religieux, culturels qu'artistiques avec un foisonnement de grands évêchés et de puissantes abbayes.

Le début de ce périple commence  ici dans l'Ain mon département d’élection avant de vous emmener dans les Savoies, la Drome, le Rhône, l'Isère, la Loire et l'Ardèche et ma route commence par une modeste église de campagne, comme je les aime,  Saint-Germain sur Renon , située dans la vaste plaine de la Dombes, zone sauvage de marais canalisés par les moines et d’étangs et l'une des plus vaste région de nidification pour les oiseaux de toute l'Europe ( il n'est pas rare de voir des vols de plusieurs dizaines de cigognes la survoler).

La petite chapelle de Saint-Germain sur Renon est une donation de l’Évêque de Lyon à l' abbaye de Cluny en 1106 il ne reste que peu de chose de cette modeste église si ce n'est son portail à double voussures mais les chapiteaux encore visibles sont des joyaux de la sculpture romane, surprenant pour un si simple édifice.




En particulier le chapiteau de droite figurant l'avare assailli de deux lions.





Le chapiteau de gauche représentant l'aigle dévorant un mouton bien que mutilé il est aussi un des sommet de la sculpture dans cette région pauvre mais encore riche de bien des surprises .




mardi 18 novembre 2014

Sant Pau del Camp : un magnifique cloître arabisant.

Je termine cette escapade en Catalogne par ce pur joyau qu'est le cloître de Sant Pau magnifique exemple de l’échange des influence chrétiennes et arabes en cette terre d' Espagne si disputée à l'époque médiévale, mais aussi vibrant témoignage de l'admiration que l'art des conquérants arabes à su inspirer. Je pense souvent que l'art roman est un art européen mais aussi ouvert à tous les courants artistiques de son époque et c'est ce qui en fait sa richesse et participe à son émerveillement constant pour votre serviteur .

Ce cloître de l’extrême fin du XII ème est de forme parfaitement carrée avec des piliers d'angle massifs et des piliers intermédiaires. Les fines colonnes jumelées supportent des arcatures lobées uniques par leur influence mauresque avec une particularité car les galeries nord et sud comportent trois lobes mais les galeries ouest et est cinq lobes .



les nombreux chapiteaux  sont le plus souvent dérivés du style corinthiens ou floraux avec parfois une tête humaine au milieu du feuillage.



Quelques chapiteaux historiés bien que mutilés représentent ici la lutte d'un homme contre un monstre  ou là des sirènes- oiseaux  et encore un chapiteau ou l'on reconnaît Adam et Ève et le Serpent et Daniel entouré des lions .





Sant Pau del Camp à Barcelone.

Dernière visite avant de clore cette longue mais méritée série de billet consacrée à Barcelone pour découvrir l'église sans doute la plus représentative de l'art roman à Barcelone consacrée à Saint-Paul, parfait exemple de l'art roman des XI et XII siècles en Catalogne.


Entourée des immeubles de la ville tentaculaire elle est comme une oasis de calme et de sérénité dans cette ville si bruyante et animée. C'est une église à trois absides avec en plan en croix grecque assez modeste bien que parfaitement équilibrée.
Les volumes intérieurs reproduisent l'harmonie des proportions extérieures sous la vaste coupole du clocher qui a été remanié à l'époque baroque .




La partie la plus captivante  avant de s'attarder dans le cloître est certainement la façade décorée d'un feston d'arcatures  où s'ouvre le portail . Au dessus des sculptures d'un lion d'un bœuf d'un aigle et d'un ange et d'une main bénissante .


De très intéressants chapiteaux  en marbre wisigothiques supporte la simple moulure de l'archivolte du portail.

Au tympan du portail on retrouve le Christ entouré des Saints Paul et Pierre agenouillés et dont les nom sont répétés au linteau  séparés par la croix grecque accompagnée de l'Alpha et de l’Oméga et une série de vers léonins invitant à passer la porte qui mène à la vie éternelle par le chemin du Seigneur ouvert à tous .



samedi 15 novembre 2014

Les fresques de Saint-Clément de Taüll (2) .


La décoration de la partie haute de l’hémisphère de l'abside atteint ici des sommets. Le trait est vigoureux et impétueux, les couleurs éclatantes de fraîcheur et de contraste  aux pigments très purs .
L'immense artiste de cette oeuvre majeure de la peinture romane à su réinterpréter les classiques de la représentation du Christ Pantocrator byzantin  en vitalisant les formes en usage tout en les réinterprétant en particulier en fuyant la symétrie classique et en insistant particulièrement sur le chromatisme et l'expression des personnages . Comme beaucoup de ces grands artistes du Moyen-Âge il reste anonyme mais c'est avec une certaine émotion que l'on peut encore admirer son art prés de neuf siècles plus tard.

La figure dominante est celle du Christ entouré des symboles des évangélistes présentés par quatre anges tous animés d'un mouvement de vol qui semble presque suspendu .Les symboles et les anges sont placés dans des cercles qui évoquent sans doute le tourbillon de roues qui inaugurent l'apparition . Chacune de ce représentation est d'une grande maîtrise technique et d'une émotion intense .




A chaque extrémité deux séraphins aux corps enveloppés de six ailes, complètent la scène .


La vivacité de ce tableau  semble fait converger les regards vers la figure central du Christ dréssé majestueusement sur un fond bleuté entre l'Alpha et l'Omega ; benissant de sa main droite dans un geste solennel et autoritaire .


De la main gauche il tient le Livre ouvert où l'on peut lire : EGO SUM LUX MUNDI. La relative immobilité du corps semble s'embraser avec les plis de sa large tunique qui semble comme animée d'un souffle .


Le traitement précis et maîtrisé des pieds et des mains et encore plus remarquable dans l'expression du visage réalisé avec une arabesque aux lignes précises qui confère à l'expression du Christ du Jugement un impressionnante expression vitale et une majesté incontestable et saisissante .