mardi 1 août 2017

Saint-Andéol de la Bâtie-Rolland.

La petite chapelle Saint-Andéol est le seul vestige oublié d'un prieuré bien plus important au Moyen-Âge, bâti sur un établissement gallo-romain à un croisement de routes importantes entre les Alpes et la vallée du Rhône.

C'est un édifice modeste à nef unique et abside semi-circulaire mais soigneusement construite en moellons de calcaire réguliers et bien appareillés.

Comme nombre de ces édifices modestes éloignés des centres urbains, elle est souvent fermée et sa décoration intérieure faite de motifs géométriques et floraux est réputée.

On peut deviner cependant la qualité de cette sculpture au portail ouest avec un porche surmonté d'une archivolte en arc brisé . Cet arc à double ressaut et décoré de damiers et de lignes en alternance de belle facture tandis que l'archivolte est sculpté de palmettes.







Au dessus du portail une fenêtre haute est formée d'une baie géminée couverte d'un arc en plein cintre avec un beau chapiteau à feuilles d'acanthe et roue solaire. Il semble que primitivement il existait un clocheton au dessus de la fenêtre comme pour certaines chapelles du Languedoc.


Bon nombre des pierres conservent de fines hachures dont certaines conservent de traces de pigment rouge ce qui laisse imaginer l'existence d'un enduit très coloré.

La qualité de la sculpture visible de l'extérieure, quelques marques de tâcheron permettent de dater cette chapelle du XIIe siècle. malgré sa modestie elle offre un aspect des plus plaisant et de plus raffiné pour un édifice aujourd'hui presque ignoré des circuits touristiques.

dimanche 30 juillet 2017

Saint-Restitut; l'église de l' aveugle né.

La tradition de saints est vivace en Provence comme celle de Sidoine, l'aveugle né que le Christ guérit  en lui imposant sur les yeux  de la boue et de la salive et après s’être lavé dans les eaux du Siloé recouvra la vue.
Après sa guérison il changea son nom pour celui de Restitut: " Restitutus est ei visus ".
Le culte de ce Saint est très en faveur en Provence et dans cette région de la Drôme car ce Saint est aussi celui qui accompagna les membres de la famille du Christ de Béthanie et qui accosta miraculeusement aux Saintes-Maries de la Mer à bord d'une barque sans voile ni rame. Rien d'étonnant à ce que le lieu devint aussi un but de pèlerinage important grâce à la présence des reliques du saint.
On attribue encore à Saint-Restitut la fondation de Saint-Paul-Trois-Châteaux que j'ai traité dans un précédent article.

Ainsi abordé la part de la légende qui conserve cependant une résonance particulière; l’église que l'on découvre aujourd'hui est un monument marquant de la Provence romane tant par son originalité que par la permanence de l'attachement à une tradition romaine qui est une des constance de l'art roman dans cette région.

Malheureusement, une fois encore, c’était au moins ma quatrième visite, l'église était fermée ! Je ne désespère pas cet été une nouvelle tentative et je n'aborderais donc que la visite extérieure qui est la plus intéressante.

Les premières mentions du lieu sont attestées des le Xe siècle comme dépendance de la cathédrale de Saint-Paul, mais elle ne sera mentionnée qu'au milieu du XIII e siècle lors de l'exhumation des reliques de Saint-Restitut qui furent brûlées et dispersées lors des guerres de religion, après la révolution c'est une fois de plus grâce au visionnaire de génie que fut Mérimée que l'église doit sa sauvegarde.

L'église actuelle est une église composite comprenant deux parties bien distinctes; une nef est un chevet du plus pur roman provençal avec une nef simple et un chevet polygonal de la fin du XIIe et du début du XIIIe siècle.





La partie la plus remarquable est le superbe portail méridional qui est des plus beaux exemple de l'influence des l'art antique dans l'art roman si en faveur dans la vallée du Rhône et que nous retrouverons dans d'autres billets qui suivront. L’élévation plus tardive d'une grande arcature en renforce l'harmonie ainsi que le choix d'un fronton triangulaire au dessus de l'arcature supérieure.
La sculpture est particulièrement soignée directement inspirée de l'antique, probablement de l’amphithéâtre de Nîmes. Cependant le sculpteur roman ajoute sa "touche malicieuse"comme ce curieux personnage semblant écarter le feuillage de ses mains pour passer un regard a l’extérieur .

La partie la plus ancienne et la plus originale est sans doute la tour occidentale, tour aveugle sur deux étages qui semble indépendante de l'église en dépit de nombreux remaniements.

Son intérêt principal est la présence d'une frise sculpté et d'un appareil décoratif de première importance pour l'art roman en Provence .Le décor occupe les quatre cotés de la tour, un seul est visible à l'interieur de l'église.
Le frise  ne constitue pas un ensemble parfaitement cohérent mais illustre des thèmes divers; le Christ aux adorants, l'Agnus Dei, les symboles des évangélistes, Adam et Eve et tout un répertoire d'animaux fantastiques et de personnages réalistes de cavaliers de chasseurs de maçons.



Ces carreaux sot taillés en cuvette avec des figures assez rigides souvent de profil. Ils sont tous de dimension unique à l'exception d'une pierre plus grande représentant le Christ bénissant.
Cette frise est surlignée d'une frise continue en petits carreaux de calcaire en damiers et en losanges avec un mortier rouge en imitation de l'opus signium romain.




Ce décor est aujourd'hui clairement daté du XIe siècle et n'est pas un réemploi comme on l'avait longtemps penser. S'il trouve ici une formule très originale il n'est pas éloigné d'autres grands modèles proches comme Saint-Martin d'Ainay à Lyon ou Saint-Romain le Puy en Forez . Ou encore de modèles plus proches comme Saint-Quenin de Vaison, Salagon, Moustiers-Sainte-Marie ...





Ainsi l'église de Saint-Restitut illustre à elle seule et de manière splendide toute une longue page de l'art roman provençal du début du XIe à la fin du XIIe siècle
.

jeudi 29 juin 2017

Céleste Jérusalem de Combourg ! A la découverte de l'un des objet liturgique parmi les plus rares et les plus symboliques de l’orfèvrerie romane.


Ce dernier billet clôturera cette première série consacrée à la Souabe romane avant d'autres horizons; une fois n'est pas coutume je lui consacrerais un peu plus de textes et d'images que d'ordinaire tant cette oeuvre est exceptionnelle bien que ce blog n'a pas pour objet une étude érudite que mériterait celui de la Jérusalem terrestre l'un des grand pilier de la tradition et de la foi chrétienne.

Le lustre ou couronne de lumière de l'abbaye de Combourg situé à l'aplomb de l'autel est sans doute le joyau le plus remarquable du lieu. Il est exceptionnel par ses dimensions et son état de conservation et il est sans doute le plus original des quelques exemplaires encore connus conservés à Aix-La-Chapelle et à  Hidelsheim. Le Lustre de Saint-Remi de Reims semble avoir été largement remanié au XIXe siècle et le modeste lustre du trésor de Chèvres en Charente ne lui est guère comparable.

Ce lustre est aussi appelé "Jérusalem Céleste" car il se veut une représentation hautement symbolique de la Jérusalem messianique et paradisiaque.

L'Apocalypse de Jean l'évoque ainsi " Alors l'un des sept anges au sept coupes remplis des sept derniers fléaux s'en vint me dire - Viens que je te montre la Fiancée, l'Epouse de l'Agneau - Il me transporta donc en esprit sur une montagne de grande hauteur, et me montra la Cité sainte, Jérusalem, qui descendait du ciel, de chez Dieu, avec en elle la gloire de Dieu. Elle est munie d'un rempart de grande hauteur pourvu de douze portes près desquelles il y a douze anges et des noms inscrits, ceux des douze tribus israélites: à l'orient, trois portes; au nord, trois portes; au midi, trois portes; à l'occident, trois portes. Le rempart de la ville repose sur douze assises portant chacune le nom de l'un des douze apôtres de l'Agneau". (Apocalypse; chapitre 21).

L'on peut ainsi imaginer la forte impression que devait faire ce lustre suspendu au choeur des l'église lors des offices les plus solennel.


Le lustre est suspendu par quatre "câbles" à ce qui pourrait être les points cardinaux. Chaque extrémité de cette amarre se divise en trois  ramures pour former douze point d'ancrage. Entre chaque segment de ce lien on été enfilé comme des perles de grosses sphères de cuivre des séries de deux sphères en milieu de section soit 32 sphères et cinq plus grosses sphères au point de division des segments.
Au point central de cette fixation est gravé un Christ bénissant entre l'Alpha et l'Oméga avec une inscription " Ego Sum Lux Mundi" ; Je suis la lumière du monde.

Ses dimensions sont impressionnantes avec ses 5 mètres de diamètre et sa circonférence de 16 mètres . Deux anneaux de fer forgé en constituent l'armature principale sur laquelle ont été assemblées des feuilles de cuivre argenté finement ciselées sur leur faces tant intérieures, qu’extérieures. Le décor d’incrustations de cuivre couvre également tout le coté des anneaux de fer visible comme si il ne s'agissait d'oublier aucun espace.

Entre chaque plaque ont été ajustées douze tabernacles qui représentent les douze portes de la Jérusalem céleste. Ces ouvrages de prés de 130 centimètres sont également le fruit d'un travail minutieux  avec une recherche évidente du détail. Certaines sont couvertes d'une coupole presque orientale. D'autres au deux étages entourées de pinacles et de colonnes. Elles alternent des formes rondes et carrées. Chacune est gardées par des personnages; saints, religieux . Toutes les portes et les fenêtres de tours sont ainsi "habitées".




L'orfèvre ou le commanditaire de l'oeuvre se sont efforcés donner le plus grand luxe à chaque détail de cet objet exceptionnel. Ainsi en témoigne le souci de traiter de manière distincte chaque partie du lustre. La base des portes , qui est aussi la plus visible quand le lustre est suspendu, à reçu ainsi un décor minutieux et chaque fois différent, d'entrelacs de feuillages ou d’animaux finement exécutés et d'une grande précision; le style de ces décor trahi déjà une influence gothique.



Entre chaque portes et aux douze points de fixations du lustre sont sertis douze médaillons. Au centre de chaque médaillons la représentation des apôtres dans une position de sanctification la plupart déroulant un phylactère. Ils sont les assises  de la ville du texte de Jean ; Ils sont évidement les assises de l'Eglise dont la Jérusalem Céleste est une représentation symbolique. Chaque médaillon à reçu un traitement aussi soigné et raffiné que les autres partie de l'ouvrage mais curieusement les apôtres n'y sont pas nommés.


L'on pourrait passer des heure à détailler chaque ornement de la couronne principale faite de cuivre et d'argent, véritable dentelle d'orfèvrerie.Le cercle principal est divisé en 5 bandeaux. La partie centrale est la plus travaillée; faite de métal finement ajourée elle développe une frise de rinceaux de feuillages avec des animaux des personnages, des chevaliers affrontées, parfois des animaux musiciens. Elle est entourée de deux lignes d'un texte en latin dont je n'ai pas la traduction mais qui serait une dédicace en l'honneur du commanditaire ce cette oeuvre, un certain Hartwig. A chaque extrémité de cette couronne deux nouvelle frise de feuillages, plus répétitif que le bandeau central. En partie supérieure enfin se dégage une ligne de feuilles de chênes et de fleur de lys qui supportent les 48 bougeoirs qui illumine encore l'église lors des grands événements religieux.



Cette oeuvre quasi unique et d'une immense valeur artistique et symbolique peut être datée de la fin du XII ème siècle et est a peu prés contemporaine du lustre d'Aix-La-Chapelle datée de 1180. Seul le lustre de Hildesheim est plus ancien mais il a été bien plus restauré que celui de Combourg.

Je terminerais enfin ce long billet par le souvenir de la forte émotion ressentie dans ce lieu magnifique et si peu connu et décrit. Merveille de l'art qui combine avec perfection les styles qui paraissent les plus contraires, comme l'art roman et l'art baroque. Forteresse imposante et majestueuse mais presque ignorée des foules de touristes qui envahissent certains monastères sans regarder autour d'eux. L'abbaye de Combourg conserve aussi de fabuleux trésors de l'art médiéval et une longue et patiente visite n'en épuise nullement la richesse. J'aurais enfin une pensée pour le gardien du lieu qui m'a ouvert les portes de ce sanctuaire pour moi seul avec courtoise et une gentillesse si propre à nos amis allemands et dont beaucoup de lieux de visite pourraient s'inspirer en particulier en France...