samedi 13 juillet 2019

Les trésors cachés de Newent.

Située dans la même province que  South Cerney, le Goucestershire, la petite église St Mary de Newent, garde deux pierres saxonnes du plus grand intérêt.

Tout d'abord une base de croix saxonne retrouvée à l'occasion de travaux de restauration au début du XXe siècle, et une tablette commémorative actuellement conservée au musée de Gloucester est dont une copie est conservée dans l'église.
N'ayant pas pu visiter le musée je livrerai donc une seule photo de cette copie très bien réalisée.

La base de la  croix se trouvait le dans l'entrée de l'église est tout à fait étonnante par son style et son iconographie, car sur le panneau central c'est bien Adam et Ève ainsi que le serpent autour de l'arbre de la connaissance qui y sont représentés. On ignore si la croix était plus grande à l'origine avec d'autres sculptures, mais la place prééminente de cette scène peut interroger.


Les deux personnages ont les yeux fortement creusés ce qui provoque une impression macabre, il est probable que dans le creux de la pierre était insérée une pierre d'une couleur différente pour rendre plus vivant le regard des personnages. On peut également distinguer le rendu des plantes du paradis terrestre certaines des feuilles sont d'ailleurs terminées par une petite croix verticale.

Les autres faces de la croix sont trop endommagées pour être lisibles à l'exception d'un coté figurant le combat de David contre Goliath.


Cette croix est d'un très grand intérêt puisqu'elle représente un exemplaire presque unique dans cette région de croix saxonne beaucoup plus fréquente dans le nord et l'est de l'Angleterre elle présente d'ailleurs beaucoup plus de similitudes avec les sculptures de cette région en particulier dans le Yorkshire et le Lincolnshire.
Ces deux scènes associées d'Adam et Ève et de David et Goliath, sont un bel exemple de la représentation de la lutte du bien contre le mal.

Il existe dans l'ancien royaume de Mercie de nombreuses représentations Adam et Ève en particulier dans les manuscrits et ce dès le VIIIe siècle il semble cependant que l'on puisse dater cette croix de la première moitié du IXe siècle.

Photo John Sheldon, merci a lui d'avoir accepté l'emprunt.


Abordons maintenant la découverte de la surprenante ta tablette qui  a été découverte en dégageant les fondations.

Cette pierre a été découverte à l'occasion de fouilles sous la sacristie avec deux squelettes.
Particularité étonnante , l'un des squelettes avait la tête qui reposait sur cette dalle.

 Elle représente sur l'une de ses faces, une scène de crucifixion et sur l'autre celle qui est figurée sur la photo, la figure centrale d'un grand personnage avec dans sa main gauche une longue croix il est plus malaisé de discerner ce qu'il tient de l'autre main . Autour de lui et à ses pieds différents personnages difficilement identifiables qui semblent dans une position de soumission ou de peur et dans des mouvements complexes.

La tablette est  peu épaisse avec des bords étroits où sont gravés les noms de Mathieu, Marc, Luc et Jean et le nom d'Edred, chaque nom est séparé par des petites croix et des lettres incisées portant les initiales -FE-.

Sur la face qui est ici illustrée, apparaît le nom EDRED.

Qui est ce personnage et s'agit-il de celui qui est représenté ? L'énigme demeure.
Certains auteurs qui ont effectué de nombreuses recherches sur cette tablette, s'accordent tous à penser que cette figure centrale pourrait être aussi celle du Christ hypothèse que confirme, au revers, la scène de crucifixion mais aussi la croix pectorale sur sa tunique et la croix de sa main gauche.

Dans l'angle inférieur droit il pourrait s'agir de Saint-Michel il se tient debout devant le Christ et semble brandir devant lui ce qui ressemble à une épée. La scène représentée serait ainsi celle du jugement dernier.

Le personnage d'Edred  se trouverait à l'angle supérieur droit avec une main proche de la croix de salut et sa tête près du Christ est clairement une forme de louange ou d'acte de grâce, il pourrait s'agir d'un prêtre. Tout cela reste néanmoins des hypothèses, on pourrait aussi imaginer qu'Edred soit le commanditaire et pourquoi pas l'auteur lui-même de cette oeuvre. Ce nom au consonances saxonnes évidentes nous livre, une fois de plus un émouvant message d'une des périodes les plus anciennes du Moyen Age.

La fonction de cette pierre reste indéterminée elle pourrait être une sorte de parure d'un livre de prières très comparable finalement aux livres en métal ou en ivoire réalisés à la même époque. Certains auteurs soulignent les  ressemblances entre la sculpture de cette pierre et le travail du métal repoussé ou de l'ivoire.Pour d'autres il pourrait aussi d'un autel portatif à l'usage du personnage nommé.
Il s'agit en tout cas d'une sculpture tout à fait étonnante et sans peu de comparaison possible dont la datation reste discutée entre le début du VIIIe siècle et le début du XIe siècle.

Ces deux sculptures par ailleurs témoignent également de la grande richesse des églises d'Angleterre mais aussi de leur discrétion, car hormis la grande série d'ouvrages que j'ai déjà cités: " Corpus of Anglo-Saxon stone sculpture" je n'ai trouvé que très peu d'images et quasiment aucune publication à leur sujet.

samedi 6 juillet 2019

Une ancienne croix saxonne à South Cerney dans le Gloucestershire.

On peut découvrir sous le porche sud de l'église All Hallows de South Cerney une partie très intéressante d'une ancienne croix saxonne.

Cette pièce a été disposée au-dessus du portail normand permettant l'accès à la nef de l'église et installé avec soin au milieu d'une arcature romane comme élément décoratif il s'agit donc clairement d'un réemploi effectué au XIIe siècle qui illustre l’intérêt des nouveaux bâtisseurs pour les sculptures des monuments antérieurs.

Un document datant de 999 apporte des informations sur l'histoire du village qui à l'origine appartenait un certain Ealdorman Aelfric Cild of  Mercia. Ce noble saxon avait été exilé après un conseil royal qui s'était tenu en 985 tenus par le roi Aethelred II.
Par la suite South Cerney fut attribué à l'évêque de Winchester qui allait devenir archevêque de Canterbury. La région en effet avait une importante situation stratégique à la frontière entre les deux royaumes saxons de Mercie et du Wessex.


Manifestement les parties qui restent de cette ancienne croix, représentaient une scène importante du triomphe du Christ sur la mort ou du jugement dernier.

On distingue dans la partie supérieure le Christ assis en majesté sur un trône décoré surtout ses côtés, le Christ porte un long manteau ouvert sur une tunique en forme de veste, il porte également un livre dans sa main gauche et il bénit de sa main droite. Ses longs cheveux reposent sur ses épaules, un halo crucifère entoure sa tête. Il est assis au centre d'une mandorle supportée deux personnages barbus .


La partie inférieure est plus inhabituelle et pourrait représenter la descente aux enfers, selon cet épisode se fondant sur la première épître de Pierre , dans les quelques jours qui ont suivi sa mort et avant sa résurrection, le Christ est descendu au royaume des morts annonçant ainsi sa résurrection.

Cette scène concorderait avec celle représentée à South Cerney , on y distingue assez bien le Christ portant une longue croix deux personnages sont agenouillés devant lui comme soulagés de sa venue libératrice de ce qu'en contrebas on peut voir comme un monde grouillant de créatures ou de flammes.

Pour l'auteur de la description de cette scène Richard Bryant, il fait peu de doute que cette culture soit d'origine saxonne en particulier par les similitudes qu'elle présente avec une autre scène similaire conservée dans la cathédrale de Bristol, bien que situé plus au sud cette ville est  proche de l'actuel Gloucestershire. L'auteur peut ainsi avancer une datation de la première moitié du XIe siècle. Mais l'on peut aussi remarquer de nombreuses similitudes avec des sculptures plus récentes du XIIe siècle en particulier au tympan d'Eastleach. Cette représentation du Christ a peut-être également comparé à  de nombreux manuscrits contemporains XIe siècle. Cette représentation du Christ triomphant des enfers était relativement populaire à cette époque.




jeudi 27 juin 2019

Les énigmatiques sculptures Billesley et Rous Lench

Les deux exemples qui vont suivre permettront de découvrir quatre églises sans véritable lien géographique entre elles qui possèdent encore des reliefs des églises saxonnes qui les ont précédés.

Dans ce premier billet je vous emmène à Billesley dans le Warwickshire et à Rous Lench dans le Worcestershire deux provinces relativement éloignées l'une de l'autre qui conservent toutes les deux des pierres sculptées d'un grand intérêt.

La petite église de Billesley situé non loin de la grande ville d'Oxford conserve un magnifique tympan d'époque romane qui fera l'objet d'un billet particulier mais égalemnt une sculpture plus ancienne .
Les sources sur l'origine d'une église antérieure à une construction romane également disparue sont rares et il faut pour ce faire se référer à l'excellent ouvrage de Richard Bryant consacré aux Western Midlands dans la grandes collection du "Corpus of Anglo-saxon stone sculpture".

Tout laisse à penser que la sculpture déposée aujourd'hui dans une petite chapelle de l'église à côté du tympan roman provient de la base d'une croix saxonne.
Celle-ci présente aujourd'hui trois faces sculptées, la quatrième est trop détériorée pour être lisible.
Sur l'une des faces sont sculptés des reliefs en forme de losanges qui rappellent l'opus reticulatum romain.

Sur une autre face sont présentes bien que difficilement lisibles un vaste mouvement de feuillages entrelacés ou peut-être un arbre de vie .

La troisième face est sans doute la plus intéressante puisqu'elle représente une figure humaine archaïque qui selon l'auteur pourrait être la représentation du Christ. Ses pupilles sont seulement soulignées, la bouche est en partie ouverte les cheveux et les oreilles courtes.
Derrière sa tête on peut encore distinguer la marque d'un halo crucifère. Le personnage tient dans sa main droite une croix et semble être suivi par un personnage dont on distingue le visage. La sculpture des jambes semble vouloir amorcer une sorte de mouvement au personnage.

La datation de cette pièce sculptée est plus incertaine car elle est totalement isolée. Cependant il semblerait qu'elle daterait du Xe siècle.
Elle pourrait représenter la résurrection du Christ face au dubitatif Saint-Thomas.
Cette pierre a manifestement fait l'objet d'un réemploi lors de la construction d'une église romane postérieure dont le tympan est le seul survivant, car elle a été manifestement retaillée pour être réemployée vraisemblablement dans un des piliers de l'arc triomphal de l'ancienne église.
Il y a cependant peu d'éléments de comparaison hormis peut-être les quelques reliefs sculptés de l'église Saint-Oswald conservait au musée de Gloucester.

Plus énigmatique encore est la pierre sculptée conservée dans l'église de Rous Lench. Cette pierre sculptée a été réemployée à l'intérieur de l'église mais malheureusement brisée et seule une de ses faces est décorée d'étranges sculptures.

Elle représente un personnage qui semble marcher au travers d'une forêt de feuillages entrelacés, on distingue à peine sa figure taillée de profil ainsi que le contour de ses pupilles. Le personnage porte une unique courte et brandie de sa main droite ce qui ressemble à une faucille.

Au-dessus de cette scène sont représentés deux oiseaux, des paons ou des coqs buvant dans une coupe. Cette représentation est d'ailleurs assez commune dans l'art antérieur au Xe siècle en particulier en Europe continentale.
On distingue également ce qui ressemble au corps d'un serpent.
La datation de cette pierre est difficile en l'absence de tout autre élément de comparaison à proximité mais elle pourrait remonter au Xe siècle ou à l'extrême début du XIe siècle.
Il est difficile d'interpréter avec certitude la scène représentée mais Richard Bryant fait état des étranges similitudes existant entre cette pierre sculptée et le tympan roman de l'église de Billesley.
Pour lui il pourrait s'agir d'une représentation d'Adam avant la chute.

Ce qui est plus extraordinaire est la volonté évidente de conserver et de réemployer ces deux pierres anciennes dans les églises romanes reconstruites à partir  du XIIe siècle.
Bien plus Richard Bryant évoque même que ces sculptures tout comme peut-être d'autres ensembles sculptés aujourd'hui disparus, aient pu influencer les sculpteurs du XIIe siècle en particulier ceux de "l'école du Herfordshire". Nous aurons l'occasion d'y revenir…

jeudi 30 mai 2019

Les sculptures saxonnes de Langford.


Je reviens ici sur le mot "saxon" que je reprends à plusieurs reprises pour qualifier ce qui, en France, est habituellement attribué au premier art roman, celui du XIe siècle, et qui en Angleterre est généralement utilisé pour qualifier ce qui est antérieur à la conquête normande de 1066. Mais comme on peut le voir ici à Langford l'art dit saxon continuera à "survivre" aux conquérants au moins jusqu'au troisième quart du XIe siècle en dépit d'un mouvement de grande ampleur de reconstruction des églises pas les Normands et ce de manière très systématique , du nord au sud du pays .

Langford conserve deux ensemble sculptés de grande ampleur apparenté aux représentations de crucifixion qui ont connu une grande faveur dans ce pays et la région de l'ouest de l'Angleterre compte pas moins de cinq édifices conservant des crucifixions, le plus proche par son style étant situé dans le Hampshire à Romsey. 

Ce qui est exceptionnel à Langford c'est que deux sculptures de ce groupe ont été conservée, toutes deux ayant peu de liens stylistiques entre elles ce qui laisse supposer qu'elles ont été réalisées par deux mains différentes et peut-être deux époques.

La première crucifixion est la plus impressionnante. De grande dimension, elle est presque à échelle humaine, elle a été déplacée de sa situation d'origine pour être installée à l’extérieur du porche sud qui date du XIIIe.

Faute de sources fiables, sa situation originelle est inconnue, mais les dimensions de cette sculpture laissent supposer qu'elle devait avoir une situation privilégiée dans l'ancienne église. Il est impossible de déterminer si elle était isolée ou appartenait à un groupe plus vaste.

Le grand Christ en croix a été décapitée mais on peut encore admirer l'habileté du sculpteur en particulier dans la représentation des plis de la longue tunique dont il est vêtu et du cordon à sa taille. Certains chercheurs pensent que la tête devait être surmontée du main de Dieu également détruite.



Cette sculpture fait également immédiatement penser par son style au grand Christ en bois que l'on trouve en Espagne ou encore au Volto Santo de Lucques en Italie sans qu'il soit impossible de donner d'autre conclusion de cette comparaison .

La deuxième crucifixion à elle aussi été déplacée et installée au dessus du porche, en dépit des altérations du temps on distingue encore parfaitement le Christ au Milieu de la Vierge et de saint-Jean.

Le style est différent de la première et l'on remarque la volonté du sculpteur d'initier un mouvement à ses sujets ce qui apparaît au mouvement des jambes et des bras du Christ mais aussi à la position de la tête des deux autres personnages , position qui semble inversée puisqu'ils ne regardent pas en direction du sujet central.

La sculpture a été réalisée sur trois dalles différentes et il semble que les personnages de Marie et de Jean aient été inversé lors de leur réutilisation. Là encore je n'ai trouvé aucune indication sur leur position d'origine.

On s'accorde à considérer que la première sculpture date du début du XIe et la seconde de la seconde moitié du XIe siècle.

Enfin il ne faut pas quitter ce beau lieu sans remarquer une curieuse sculpture d'un cadran solaire peut-être également déplacé et réemployé à la base du clocher.


Les sculptures sont peu lisibles mais on distingue encore bien les deux personnages qui brandissent au-dessus de leur tête un cadran en demi-lune. Ils semblent seulement vêtus d'une courte tunique et leur fonction symbolique est une énigme.
On remarquera aussi le mouvement des bras et des jambes des deux personnages. fort étonnamment les cadrans solaires sont, en proportion du faible nombre d'églises subsistantes de cette époque, assez nombreux et ce dans toutes les régions de l'Angleterre.

samedi 25 mai 2019

Saint-Mathieu de Langford.

Les sources sur la fondation de cette église sont rares, il est cependant fait état d'une possession du lieu à un comte saxon de Mercie avant son rattachement au domaine du roi Harold au XIe au moment où l'Angleterre, morcelée entre plusieurs royaumes, retrouve une première unité territoriale et politique .

L'église actuelle au milieu de son paisible cimetière surprend surtout pour son clocher  et il faut prendre le temps de la découvrir car l'on ne soupçonnerait pas qui s'agit peut être d'une des églises saxonnes les plus complète de cette région de l'oxfordshire.

Elle fut longtemps rattachée au diocèse de Lincoln et était à l'origine placée sous le vocable de Saint-Marie. Faute de sources précise sa datation est incertaine mais les chercheurs évoquent tous le XIe siècle. En revanche il est impossible de déterminer si elle est antérieure à la conquête normande de 1066 ce qui permet de considérer que de nombreuses églises d'Angleterre ont encore été bâties selon les principes  utilisés avant l'arrivée des nouveaux maîtres du pays auxquels on attribue  une politique de reconstruction générale des monuments religieux et civils.

L'édifice actuel a fait l'objet, comme beaucoup d'églises en Angleterre de multiples remaniements à partir du XIIIe siècle mais ils n’empêchent pas de découvrir une partie de l'église d’origine  ce que révèle le petit appareil de pierre à la base du clocher.

Il ne reste que peu de chose du monument d'origine à l'extérieur peut-être un portail déjà tardif et la porte sud, maladroite, qui semble être davantage du XIIe siècle.




A l'interieur on peut surtout admirer les deux arches de l'arc triomphal séparant la nef du chœur à l'aplomb du clocher qui sont de beaux exemples d'arcatures du XIe siècle; les restaurateurs ont également restitué l’appareillage de pierre au-dessus des arcs, typique de l'architecture saxonne du XIe siècle.




Fait assez rare, c'est le clocher qui conserve en dépit de ses remaniements, la partie la plus authentique de l'église d'origine et surtout les baies de ses fenêtres encadrées d'un gros cordon mouluré avec des chapiteaux à feuillages. Comme vous le verrez avec le prochain billet Langford offre de beaux exemples de la sculpture romane en Angleterre avant la conquête normande ou tout juste contemporaine à celle-ci.




dimanche 12 mai 2019

L'ensemble sculpté de Sainte-Croix de Daglingworth (deuxième partie).

Lors de la restauration de l'église a été retrouvée un ensemble de quatre plaques sculptées uniques dans la région.
Trois de ces plaques formes un ensemble cohérent, leurs dimensions sont approximativement de  75 cm sur 1 m, le matériau utilisé est identique et leur facture laisse à penser qu'elles sont de la main d'un unique sculpteur. Seule une plaque diffère.

Lucien Musset souligne le caractère schématique presque rustique ce qui est peut-être la volonté du sculpteur de ces pierres, ce dernier est en souhaité dégager les volumes sans souligner les détails et manifester une préférence pour des formes arrondies avec un respect total de la frontalité.

Aucun document ne permet de dater précisément ses sculptures ni même de déterminer leur position dans l'église d'origine, puisque celles-ci ont été retrouvées lors de la reconstruction de l'arc du chœur dont ils formaient les montants verticaux. Curieusement d'ailleurs les pierres ainsi réinstallées semble-t-il ultérieurement avait la face sculptée cachée.

L'énigme de la fonctionnalité de ces sculptures reste donc entière, faisaient elles partie d'un ensemble plus vaste, détruit depuis ? Un cancel ou une galerie du chœur ? Existe-il d'autres sculptures à découvrir et pourquoi ont-elles été cachées avant leur redécouverte ? Autant de questions sans réponse; mais nous pouvons en admirer la qualité.

Deux de ces plaques traitent de la crucifixion, dont l'une très rudimentaire sans personnage sauf celui du Christ et assez médiocrement traité.


Il en va bien différemment des trois autres plaques qui forment un ensemble cohérent et qui sont vraisemblablement de la main du même sculpteur.

La crucifixion traitée présente un Christ barbu chevelu et moustachu la tête entourée d'un nimbe crucifère est habillée d'un large pagne. La croix large et peu élevée laisse les pieds reposer sur le sol. Il est entouré de deux personnages beaucoup plus petits à gauche il s'agit de Longin avec sa lance et à droite on identifie Stephaton qui semble tenir une clochette au bout d'une baguette et que l'on identifiera davantage à l'éponge. La prééminence du Christ est rappelée par le traitement beaucoup plus important de la sculpture du personnage.



En face on trouve une seconde plaque présentant un saint-Pierre debout brandissant de sa main droite une très grande clé étonnant dans l'autre main un petit livre.


On remarquera qu'il est présenté imberbe avec une chevelure soigneusement peignée et vêtue d'une tunique large serrée à la taille par une double cordelière.

Un peu plus loin et représenter à nouveau le Christ assis sur un trône à peine visible tenant de la main une courte croix et bénissant de la main droite. Sa tête est également entourée d'un nimbe crucifère et son visage est très proche de la première crucifixion, son vêtement est presque identique à celui de Saint-Pierre.Si l'on regarde bien on verra aussi que les boucles de ceinture des deux personnages formes un dessin de très voisin de celui du symbole de l'infini avec plus de complexité pour le Christ.

La datation de ces pierres est couramment rattachée au Xe siècle ou au début du XIe siècle certains auteurs néanmoins sans toutefois être véritablement convaincants ont voulu rattacher ses sculptures à une tradition venue d'Espagne et les dater du XIIe siècle. Quelles que soient les discussions sur l'origine et la fonction de ses sculptures, elles méritent néanmoins un intérêt particulier à la fois par la saveur de leur traitement et leur rareté  dans cette partie de l'Angleterre.


mercredi 8 mai 2019

L’église de Daglingworth (première partie).

Daglingworth est un joli petit village de la région des Costwolds dans le Gloucestershire son église se cache derrière des ifs centenaires. Contrairement cependant à ce qu'on indique Lucien Musset dans son ouvrage sur l'Angleterre romane, l'église placée sous le vocable de sainte Croix présente encore plusieurs éléments rappelant ses racines saxonnes.

Elle a été certes l'objet d'une restauration importante dans la première moitié du XIXe siècle qui a modifié son apparence extérieure, mais une observation attentive permet d'imaginer ce que pouvait être cet édifice au premier age roman en Angleterre.On devine le plan très simple de l'église fait d'une nef rectangulaire poursuivie par un chœur séparé par un seul arc triomphal.

Autre trait; le petit petit appareillage avec aux angles l'alternance de pierres formant les chaînages des murs propres à la période saxonne cette alternance est appelée outre-Manche "long and short". La présence d'une petite fenêtre murée confirme cette intuition première.

Presque toute la structure extérieure de l'église actuelle a été remaniée ainsi que la nef, mais la porte sud, aujourd'hui installé à l'extérieur du porche à toutes les formes d'une porte saxonne d'origine.

La porte d'entrée de l'église passait le porche est également une porte saxonne comme en atteste son arc en plein-cintre soutenu par des chapiteaux cubiques avec un simple dessin géométrique.


À l'intérieur l'on retrouve cette forme d'arche à l'arc triomphal, certes très remanié, avec des chapiteaux légèrement traités caractéristiques de l'art saxon.

Au niveau du porche est au-dessus de la porte d'entrée on pourra découvrir un cadran solaire simplement gravé dans une pierre, vraisemblablement déplacé et lui aussi contemporain à la première église.



Lors de la restauration de l'église a été déplacée dans le cœur un petit autel en pierre qui se présente sous la forme d'une simple pierre taillée reposant sur deux chapiteaux. À l'origine selon un dessin qui est figuré sur le site auquel je vous renvoie cet autel était vraisemblablement installé sur l'un des murs de l'église au niveau du porche.

La sculpture des chapiteaux laisse à penser que celui-ci est peut-être plus tardif que l'église  et daterait vraisemblablement du XIIe siècle.
Comme vous le verrez lors du billet suivant c'est davantage les sculptures qui ont été retrouvées dans l'église qui justifie l'intérêt de la visite de cette église.

Merci encore à Julianna Lees pour son lien vers le site de l'église.http://www.daglingworth.org.uk/church/?fbclid=IwAR3f1o9QokYLHkxOi5A_o-C2vvEtMJGvkbaywqKEJczpW_SjVUeBhiTbmt0

samedi 4 mai 2019

La visite intérieure de l'église de Deerhurst

Le premier élément qui frappe lors de la visite de l'église Sainte-Marie est l'importance et l'élévation de la nef, qui bien que sérieusement remaniée à partir du XIVe siècle présente un plan et une hauteur sans doute très voisins de la construction d'origine.
Il reste aussi quelques élément d'origine au transept où l'on peut découvrir en particulier l'appareillage de pierre et la forme des baies et des portes de l'édifice saxon.

Lors de la démolition de l'abside l'arc triomphal fut muré et forme aujourd'hui le décor de l'abside démolie. À l'intérieur de l'église des cloisons massives à l'époque saxonne séparait le vaisseau principal de ses annexes et ont été modifiées au début du XIIIe siècle. C'est à proximité du porche que se concentre l'essentiel des éléments d'origine saxonne qui demeurent.


On remarquera tout particulièrement au second étage la présence de paires de petites fenêtres logées sous des arcs en mitre avec un décor cannelé des pilastres tout à fait original et inspiré de modèles antiques ou carolingiens que l'on retrouve par exemple en Allemagne à l'abbaye de Lorsch. On remarquera aussi en réemploi de nombreux tableaux de pierre qui étaient peut-être destinés à recevoir une dédicace ou une inscription. L'inachèvement de ce projet reste une énigme.



Il existe encore à l'intérieur de l'église de nombreux éléments sculptés en particulier des corbeaux en forme de têtes d'animaux  peut-être des loups ou des dragons, la gueule ouverte très expressif. Sur le plus détaillé de ceux-ci on remarque les rides du mufle qui se ramène à des courbes ornementales et les oreilles et les franges de poils ressemblant à des feuillages creux.

Beaucoup de ces éléments sculptés rappellent l'inspiration de l'art germanique et en particulier celui des envahisseurs vikings.

Dans un mur a été incrusté un relief d'une vierge à l'enfant semble-t-il inachevé, on ne sait pas trop d'ailleurs s'il ne s'agit que d'une ex d'une esquisse aussi la sculpture était employée à l'extérieur de l'église et aurait été effacé par les intempéries.

Il convient également de s'attacher à l'examen attentif des magnifiques fonts baptismaux cylindriques sur base octogonale ornée de rinceaux de vigne et de spirale dont le décor pourrait être pré normand daté du neuvième siècle mais rien n'interdit de les dater du début de l'époque romane. Ces fonds constituent cependant parmi ceux les plus originaux que l'on peut retrouver dans cette partie de l'Angleterre.



Beaucoup de mes photos sont imparfaites car les conditions de prise de vue n'étaient pas idéales lors de ma visite, en effet l'église faisait alors l'objet d'une réinvention complète à l'occasion d'une fête des fleurs mais peut-être que certains de mes contacts m'enverront d'autres images en particulier du superbe bénitier totalement recouvert de voilages et de feuillages divers.