dimanche 19 avril 2026

Le décor sculpté de la chapelle de Boussargues.

 


Comme je l’avais indiqué dans mon précédent article, la chapelle dédiée à saint Florent et non saint Symphorien est assez facilement accessible, grâce à ses propriétaires qu'il faut remercier de leur sauvegarde de cette superbe église. Ils ne sont pas avares de partager ce trésor de l'art roman en Languedoc.

On a ainsi le privilège d’une visite presque confidentielle et délicieuse, loin du tumulte du monde.

Peu de sources fiables nous éclairent sur cette église de grande qualité si ce n’est l’incontournable ouvrage de Pierre Albert Clément et il faudra prendre garde aux descriptions aventureuses du site du château dont on peut comprendre l’enthousiasme.

Monsieur Clément soulignait, à juste titre l’influence nettement provençale de la sculpture avec son décor de perles et de feuilles d’acanthe au portail mais aussi et surtout aux corniches intérieures et aux impostes de l’église. Il faut aussi souligner la grande qualité de sa construction.










Ce décor, à la fois sobre et raffiné n’est certainement pas le fruit de réemplois antiques, il faut prendre garde aux apparences, mais d’une imitation du goût de l’antique propre au XIIe siècle dans le sud de la vallée du Rhône.







De nombreux exemples permettraient de l’illustrer comme la cathédrale de Saint-Paul-Trois-Châteaux mais aussi la chapelle Saint-Quenin de Vaison-la-Romaine ou la chapelle Saint-Gabriel prés de Tarascon. Il y a aussi beaucoup de parentés avec l’église de Larnas que j’ai déjà décrite dans un autre article.


Saint-Gabriel, Trascon.

Saint-Quenin, Vaison-la-Romaine.


J’ai limité à ces deux dernières chapelles ma comparaison mais la liste pourrait être longue.

D’autres indices architecturaux confirment mon hypothèse de la présence active d’une importante communauté de lapicides des deux côtés de la vallée du Rhône ; des départements actuels de la Drome à l’Ardèche et au Gard, j’jusqu’au Vaucluse et aux Bouches-du-Rhône.

Je travaille activement et avec passion à cette recherche que j’espère livrer bientôt.

lundi 13 avril 2026

Le charme captivant de Saint-Florent de Boussargues.

 


Situé sur l’actuelle commune de Sabran, le lieu-dit de Boussargues a été cédé aux Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem par le seigneur de Sabran au XIIe siècle.

Ils y construisirent une maison fortifiée aujourd’hui parfaitement restaurée et une chapelle située à proximité sur un petit monticule entouré d’une forêt séculaire.



Le lieu aurait été occupé avant la conquête romaine à proximité de nombreux rochers et de sources où des édicules funéraires auraient été retrouvés selon le site dédié à ce lieu envoûtant.

Aujourd’hui placée à tort sous le vocable de saint Symphorien, c’est bien à saint Florent qu’elle était originellement dédiée. Une église existait avant l’installation des Hospitaliers comme en atteste la base des murs en petit appareil de la première travée.

L’église actuelle forme un ensemble homogène en moyen appareil avec des joints réguliers. Surtout ce qui peut ressembler à une modeste chapelle à nef unique se révèle rapidement comme une œuvre d’une qualité rare, construite sans doute par des artisans d’une grande technicité et à grand prix.






Ces artisans se reconnaissent par de nombreuses marques de tacherons visibles surtout et en grand nombre au-dessus du chevet, mais aussi de nombreux dessins géométriques ou gravés en pointillé sur lesquels je reviendrai bientôt.









On remarque aussi de nombreux graffitis en forme de croix à la base des murs, sans doute des signes de pèlerinage ou de dévotion.







Leur habileté se remarque aussi au traitement de la corniche du chevet où apparaissent encore des étoiles et des entrelacs et les traces à peine visibles d’animaux fantastiques, décrites par les premiers archéologues.



Le gable du portail sud est le mieux préservé, il rappelle incontestablement celui de l’église de Larnas ou des modèles plus provençaux de l’autre côté du Rhône. Dans le triangle du fronton a été placée une pierre sculptée d’une fleur qui pourrait être un réemploi romain sans certitude cependant, ainsi que trois marguerites gravées.





Lorsque Pierre-Albert Clément décrivit à la fin des années 80 cette église, elle était dans un état sérieux d’abandon, une forte végétation recouvrait son toit la menaçant d’un grave péril, fort heureusement les propriétaires actuels entreprirent une restauration d’envergure qui en restitue aujourd’hui la poignante beauté.





Le domaine avec son château médiéval restauré qui pourrait conserver des parties romanes, est parfaitement entretenu. Il accueille des hôtes et produit un vin d’une grande qualité (je l’ai testé). Fait insigne, les propriétaires laissent volontiers l’accès à cette église qui mérite une découverte attentive car elle est un jalon majeur de l’art roman dans cette partie du nord du Gard, comme je tâcherai de vous le faire découvrir dans deux articles suivants.

mardi 7 avril 2026

Saint-Julien du Pistrin ; la miraculée.


Celle chapelle située sur la commune de Sabran, aussi appelée Saint-Julien du Pestrin, doit son nom à une ancienne boulangerie gallo-romaine où elle aurait été implantée. Ce qui ressemble à une chapelle était à l'origine une véritable église d'un prieuré dépendant de Bagnols et du chapitre d'Uzès.

Pierre-Albert Clément se lamentait de son état avancé de délabrement  à la fin des années 70, et c'est aujourd'hui une chapelle parfaitement restaurée qui s'offre au regard avec un charme absolu.




Cette église avait déjà été restaurée au tout début du XVIIe, comme en atteste une mention épigraphique au-dessus du portail sud. L'église à nef unique vaut particulièrement l'intérêt pour sa corniche qui mêle un décor original de grecques et de dents d'engrenage selon un plan assez hétérogène, et aussi de feuilles et de fougères.






On remarquera aussi quelques marques de tacherons et encore ces signes lapidaires sur de nombreuses pierres qui semblent être le "marqueur" de la présence d'un atelier de lapidaires de grande qualité que l'on retrouve dans plusieurs autres églises de la région.







 




Il est bien dommage que cette église soit désespérément fermée sans information sur les possibilités de visite d'un lieu d'un incontestable intérêt.

vendredi 3 avril 2026

Il faut sauver le soldat Saint-Thyrse !

 


Avec cet article j’aborde à nouveau la douloureuse problématique de la sauvegarde de ces églises et chapelles de nos régions, partagé entre l’espoir et la désolation.

Au nord de Bagnols-sur-Cèze je découvre trois églises et chapelles dont le sort diffère.

Tout au nord du département du Gard à la limite de l’Ardèche, la chapelle Sainte-Agnès sur la commune de Saint-Paulet-de-Caisson, heureusement préservée et restaurée offre un bel exemple de l’influence provençale sur la rive droite du Rhône avec son chevet pentagonal percé de larges baies.





Sur le mur sud on peut aussi remarquer l’ancienne porte, depuis murée présente de beaux claveaux en guise de décor de son archivolte laissant penser à une construction de la fin du Xie sans doute remaniée par la suite.




L’église a fait l’objet d’une campagne de sauvegarde par une association locale et la commune ainsi que la Conservation du Patrimoine, elle est toujours l’objet d’une attention soutenue ce qui est heureux. Il est seulement dommage que tout ce travail collectif ne permette pas encore une visite plus complète.

Un peu plus au sud et sur la commune de Sabran on devine la silhouette d‘une église romane du XIIe siècle au lieu-dit du Colombier dédiée à Sainte-Radegonde. L’’église à nef unique avec un large chevet présente un plan assez courant pour les églises romanes de la région. L’absence de sources et une église désespérément fermée ne permet guère d’en deviner plus, mais il semble que l’intérieur ait été remanié.




La plus remarquable mais aussi la plus délabrée en apparence, est la chapelle Saint-Thyrse de Maransan, située à deux kilomètres de Bagnols et dont Pierre Albert Clément dans son ouvrage de 1979 se lamentait déjà de son état d’abandon dans l’indifférence des édiles locaux.

Celle chapelle située à proximité d’un gué sur la rivière Cèze était une dépendance de l’abbaye de l’Ile-Barbe de Lyon en relation avec les églises du Tricastin. Elle aurait fait l’objet de plusieurs campagnes de constructions entre la fin du Xie et le XIIe siècle.

L’état de la végétation qui envahit jusqu’au toit ne rend pas possible en sécurité d’en deviner davantage mais malgré cette apparente désolation l’édifice semble préservé les accès sont fermés par des grilles, de certaines photo il apparait que les abords sont parfois entretenus et son état actuel semble avoir guère changé depuis l'ouvrage de Mr Clément qui date déjà de 1979. La jungle qui l'entour la préserverait peut-être mais pour combien de temps encore ?





On remarque la baie cruciforme de l’arc triomphal un des marqueurs de l’art du XIe siècle et aussi les détails sculptés de la corniche de l’abside de rosaces, palmettes et demi-cercles, dont la qualité d’exécution laisse deviner le talent des sculpteurs. Notamment il faut s'intéresser à la corniche de l'abside qui donne des pistes sur l'importance de l'édifice. La présence de signes de tâcherons mais aussi ces étranges gravures en forme de flèches ou de plumes, des pierres, que l'on retrouve dans plusieurs églises du couloir rhodanien indiquerait la présence d'un atelier de sculpteurs et de tailleurs de pierres de premier plan pour sa réalisation.

Je reviendrai sur ces signes au fil des articles précédents sans doute pour leur consacrer un article particulier, car je crois avoir trouvé une source fiable pour l'expliquer.






Cette chapelle a été vendue comme un bien national, elle est aujourd’hui curieusement dans le même délabrement que dénonçait Monsieur Clément il y a près de cinquante ans, alors que ses propriétaires semblent ouverts à toute proposition de sauvegarde. Si nous le voulons nous pouvons sauvegarder une église qui est sans doute un jalon d'une chaine de magnifiques quoique oubliés témoins de notre histoire commune. .