Avec cet article j’aborde à nouveau la douloureuse
problématique de la sauvegarde de ces églises et chapelles de nos régions,
partagé entre l’espoir et la désolation.
Au nord de Bagnols-sur-Cèze je découvre trois églises et
chapelles dont le sort diffère.
Tout au nord du département du Gard à la limite de l’Ardèche,
la chapelle Sainte-Agnès sur la commune de Saint-Paulet-de-Caisson,
heureusement préservée et restaurée offre un bel exemple de l’influence provençale
sur la rive droite du Rhône avec son chevet pentagonal percé de larges baies.
Sur le mur sud on peut aussi remarquer l’ancienne porte,
depuis murée présente de beaux claveaux en guise de décor de son archivolte
laissant penser à une construction de la fin du Xie sans doute remaniée par la
suite.
L’église a fait l’objet d’une campagne de sauvegarde par une
association locale et la commune ainsi que la Conservation du Patrimoine, elle
est toujours l’objet d’une attention soutenue ce qui est heureux. Il est
seulement dommage que tout ce travail collectif ne permette pas encore une
visite plus complète.
Un peu plus au sud et sur la commune de Sabran on devine la
silhouette d‘une église romane du XIIe siècle au lieu-dit du Colombier dédiée à
Sainte-Radegonde. L’’église à nef unique avec un large chevet présente un plan assez
courant pour les églises romanes de la région. L’absence de sources et une
église désespérément fermée ne permet guère d’en deviner plus, mais il semble
que l’intérieur ait été remanié.
La plus remarquable mais aussi la plus délabrée en apparence, est la
chapelle Saint-Thyrse de Maransan, située à deux kilomètres de Bagnols et dont
Pierre Albert Clément dans son ouvrage de 1979 se lamentait déjà de son état d’abandon
dans l’indifférence des édiles locaux.
Celle chapelle située à proximité d’un gué sur la rivière
Cèze était une dépendance de l’abbaye de l’Ile-Barbe de Lyon en relation avec
les églises du Tricastin. Elle aurait fait l’objet de plusieurs campagnes de
constructions entre la fin du Xie et le XIIe siècle.
L’état de la végétation qui envahit jusqu’au toit ne rend
pas possible en sécurité d’en deviner davantage mais malgré cette apparente
désolation l’édifice semble préservé les accès sont fermés par des grilles, de certaines photo il apparait que les abords sont parfois entretenus et son état actuel semble avoir guère changé depuis l'ouvrage de Mr Clément qui date déjà de 1979. La jungle qui l'entour la préserverait peut-être mais pour combien de temps encore ?
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On remarque la baie cruciforme de l’arc triomphal un des
marqueurs de l’art du XIe siècle et aussi les détails sculptés de la corniche
de l’abside de rosaces, palmettes et demi-cercles, dont la qualité d’exécution
laisse deviner le talent des sculpteurs. Notamment il faut s'intéresser à la corniche de l'abside qui donne des pistes sur l'importance de l'édifice. La présence de signes de tâcherons mais aussi ces étranges gravures en forme de flèches ou de plumes, des pierres, que l'on retrouve dans plusieurs églises du couloir rhodanien indiquerait la présence d'un atelier de sculpteurs et de tailleurs de pierres de premier plan pour sa réalisation.
Je reviendrai sur ces signes au fil des articles précédents sans doute pour leur consacrer un article particulier, car je crois avoir trouvé une source fiable pour l'expliquer.
Cette chapelle a été vendue comme un bien national, elle est
aujourd’hui curieusement dans le même délabrement que dénonçait Monsieur
Clément il y a près de cinquante ans, alors que ses propriétaires semblent
ouverts à toute proposition de sauvegarde. Si nous le voulons nous pouvons
sauvegarder une église qui est sans doute un jalon d'une chaine de magnifiques quoique oubliés témoins de notre histoire commune. .