mercredi 20 mai 2026

La maison des chevaliers de Pont-Saint-Esprit.

 


Cette maison médiévale, un des rares monuments civils romans du Gard, remonterait au XIIe siècle comme en atteste la belle baie géminée de sa façade d’origine encore bien conservée.

 








Il y a la part de légende sur l’origine de ce lieu, celle d’une résidence de chevaliers du Temple qui y faisaient halte à leur retour de croisade, y laissant la marque de leur blason. La réalité historique est celle de la propriété d’une riche famille de négociants, les Piolenc, qui la conservèrent et l’agrandir, parfois de manière hétéroclite pendant plusieurs siècles jusqu’à sa ruine heureusement épargnée par son achat par le département du Gard, décidé à la transformer en musée.

Aujourd’hui c’est un lieu magnifiquement restauré et assez exceptionnel que l’on peut découvrir, qualifié de musée laïque d’art sacré, vocable qui déroute et ressemble à un oxymore.

Il accueille des œuvres diverses, de l’art égyptien, copte, juif, islamique et chrétien de diverses périodes et de nombreux tableaux d’un grand intérêt. Nombres de ces œuvres proviennent d’anciennes collections privées ce qui en rend l’origine et la datation complexe mais cela sera pour plus tard au moins pour l’une d’entre elles.

Entre les XIVe et les XVe siècles plusieurs pièces d’apparat ont été décorées de plafonds peints, principalement de blasons comme cette grande salle appelée, salle de justice royale.






Parfois apparaissent, dans d’autres pièces luxueuses, d’autres sujets plus énigmatiques et presque grivois. Des masques, des personnages dénudés, des créatures fantastiques ou ce personnage curieusement chaussé.












Bien que ce blog soit principalement consacré au premier art médiéval je n’ai pu résister à partager quelques-unes de ces images pensant souvent à mes lectures de Jacques Le Goff, lequel était tant attaché au rire et à l’humour de l’homme médiéval.

Mes prochains articles seront consacrés à des œuvres plus romanes de ce charmant musée.

jeudi 14 mai 2026

La chapelle Saint Pierre de Saint-Etienne-des-Sorts.

 


A l’extrémité est du département du Gard, au bord du Rhône qui fait aujourd’hui office de frontière administrative avec le département voisin du Vaucluse a été fondée de longue date la commune actuelle de Saint-Etienne-des-Sorts.

L’église du village construite au bord du fleuve, conserve encore des parties romanes difficilement décelables à l’extérieur d’un édifice totalement remanié au XIXe siècle. Malheureusement inaccessible, ce n’est pas cette église que je vous propose de découvrir mais une chapelle castrale partiellement ruinée, perchée au bord du plateau qui domine le village au centre d’une position stratégique à proximité de la boucle que forme le Rhône entre Pont-Saint-Esprit et Orange.

Le grand fleuve, peu franchissable est en réalité navigable et l’est depuis l’antiquité et sans doute bien avant un axe de communication majeur entre la Méditerranée et le nord de l’Europe.



Les sources sur les fondations de la chapelle comme du village sont incertaines mais il semble qu’il s’agisse d’une fondation clunisienne cédée par le conte de Sabran à la grande abbaye Bourguignonne et rattachée à l’église de Saint-Saturnin-du-Port de Pont-Saint-Esprit au concile de Tournus. Cette chapelle et son château dont il ne reste que le donjon sont parfois aussi rattachés au prieuré de Saint-Pierre-de-Castres, elle-même fondation clunisienne.

Sa fonction reste également confuse, s’agissait il d’une simple chapelle castrale ou d’un lieu de péage pour les marins qui fréquentaient régulièrement le Rhône ? Une fois encore il faut garder du recul sur les rares publications numériques à son propos, fort peu documentées.

Ce qui reste est heureusement une charmante chapelle presque intégralement préservée à l’exception de sa façade et d’une partie de son parement en pierre de taille, qui comme le donjon voisin a sans doute fait l’objet, au cours des siècles, de prélèvements pour la construction des habitations voisines.






C’est une simple église à travée unique et chevet en hémicycle comme on en rencontre beaucoup dans la région, construite en petit appareil assez irrégulier sans doute pour des raisons d’économie à l’exception des embrasements de fenêtres et au chainage d’angle au moins sur le mur nord.



La construction est soignée, comme en atteste les marques de tacherons de la fenêtre axiale et la moulure de la corniche du chevet. La qualité du travail est cependant assez éloignée d’autres chapelles voisines que j’ai précédemment décrites dans ce blog.







On ne peut qu’espérer une restauration prochaine de ce beau lieu qui semble inexorablement se dégrader et une ouverture de l’église du village qui offrirait bien des raisons d’un séjour ou d’un passage charmant.



Un dernier mot sur le vocable de la commune, tant il intrigue. Le site officiel évoque l’histoire d’un tirage au sort des habitants pour choisir la protection du saint de leur village entre Pierre et Etienne, ce dernier l’emportant par le vote populaire, histoire cocasse et séduisante mais qui n’est étayée par aucune documentation fiable. D’autres encore, évoquent le sortilège associé au Diable, souvent présent aux lieux de passage des fleuves et rivières ce qui n’est qu’une hypothèse.

Le plus vraisemblable est à rechercher dans l’origine du mot sort qui vient de l’occitan et du vieux latin sors ou sort que l’on peut traduire par source. La présence de nombreuses sources est attestée à proximité de tous les plateaux de cette partie du Gard, démontrant encore une fois l’importance cruciale et immémoriale de l’eau dans cette région.

lundi 11 mai 2026

Vénéjan et ses 2 églises.

 


Comme pour beaucoup de petits villages du nord-est du Gard celui de Vénéjan conserve encore deux églises soit totalement romanes soit partiellement romanes.

La plus ancienne et peut-être la plus complète est celle qui est dédiée à Saint Pierre et qui desservait les anciennes populations disséminées tout autour au centre de l'ancien cimetière.

Avec son parement en petit appareil mal dégrossi, son décor de bandes lombardes au chevet et son petit clocher achevé par un toit en pyramide elle donne l'impression de dater du 11e siècle comme un jalon de ce premier art roman méditerranéen reconnu du Nord de l'Espagne jusqu'au sud de la Bourgogne.




Pourtant d'après Pierre-Albert Clément elle daterait du début du 12e siècle et les murs auraient été montés en petits moellons pour gagner du temps ou pour économiser sur la construction. Seuls les chaînages d'angle et les contreforts et aussi le portail et les baies ont été formés de pierres de taille avec des joints fins où l'on retrouve les marques de tâcheron et des détails en feuilles de fougères caractéristiques de la présence lapicides expérimentés, comme pour bon nombre d'édifices situés de chaque côté de la vallée du Rhône. Je reviendrai bien sûr sur ces marques à l'occasion d'une étude plus complète que je leur consacrerai.




La décoration extérieure est absente à l'exception des piliers des baies du clocher où apparaît une fine colonnette médiane et des chapiteaux gravés de motifs géométriques.



Malheureusement après plusieurs tentatives l'église reste désespérément fermée mais il semble qu'elle conserve un beau décor sculpté que l'on retrouve dans l'ouvrage que lui consacre Pierre-Albert Clément, décor qui rappelle celui de la crypte de Cruas.

Il y a décidément de nombreux liens entre ces églises Du Sud du la vallée du Rhône.





 



Dans le village on peut aller voir l'église Saint-Jean-Baptiste sur une colline qui surplombe l'agglomération. Il ne reste pas grand-chose de l'époque romane de cette petite église à abside unique qui a été agrandie dans les siècles suivants modifiant une partie de sa nef et sa façade. Des fresques très anciennes auraient été retrouvées au cul-de-four et notamment la présence d'un singe Jean-Baptiste. Il faut espérer que l'église soit plus fréquemment ouverte à la visite.


jeudi 30 avril 2026

Enigmes et curiosités: les marques et signes lapidaires de la chapelle de Boussargues.

 


Que d’incertitudes. Quel est le sujet ?

 Des pierres de taille décoratives ?

D'un dressage ornemental en croix de saint André et en arêtes de poisson ?

De layage de surface ?

De pierres gravées ou sculptées en méplats sans ordre ?

De signes lapidaires ?

De layages en feuilles de fougères en semis et pointillés ?

De signes lapidaires et marques de tacherons ?

De bas-reliefs entaillés ?

De marques en rouelles ou en spirales ?

De graffites en barbe de plume ?





Voilà sans être exhaustif quelques-uns des adjectifs employés pour qualifier ces signes lapidaires présents sur de nombreuses églises du sud de la vallée du Rhône de chaque côté du fleuve, de Montélimar jusqu’à Arles et sans doute plus à l’ouest et à l’est de cet axe naturel.

A l'intérieur de la chapelle de Boussargues, ces signes sont omniprésents sur presque tous les murs jusqu'aux voûtes. Je n'en connais pas la raison, s'il y en a une.

Depuis ma visite de l’église de Larnas je ne cesse d’être intrigué par ces marques qui ne sont certainement pas anodines et pour lesquelles il n’existe pas, à ma connaissance, d’étude d’ensemble approfondie.

Ce sujet me passionne, je livrerai bientôt une ébauche de réponse ou alors davantage de questions.












 


dimanche 19 avril 2026

Le décor sculpté de la chapelle de Boussargues.

 


Comme je l’avais indiqué dans mon précédent article, la chapelle dédiée à saint Florent et non saint Symphorien est assez facilement accessible, grâce à ses propriétaires qu'il faut remercier de leur sauvegarde de cette superbe église. Ils ne sont pas avares de partager ce trésor de l'art roman en Languedoc.

On a ainsi le privilège d’une visite presque confidentielle et délicieuse, loin du tumulte du monde.

Peu de sources fiables nous éclairent sur cette église de grande qualité si ce n’est l’incontournable ouvrage de Pierre Albert Clément et il faudra prendre garde aux descriptions aventureuses du site du château dont on peut comprendre l’enthousiasme.

Monsieur Clément soulignait, à juste titre l’influence nettement provençale de la sculpture avec son décor de perles et de feuilles d’acanthe au portail mais aussi et surtout aux corniches intérieures et aux impostes de l’église. Il faut aussi souligner la grande qualité de sa construction.










Ce décor, à la fois sobre et raffiné n’est certainement pas le fruit de réemplois antiques, il faut prendre garde aux apparences, mais d’une imitation du goût de l’antique propre au XIIe siècle dans le sud de la vallée du Rhône.







De nombreux exemples permettraient de l’illustrer comme la cathédrale de Saint-Paul-Trois-Châteaux mais aussi la chapelle Saint-Quenin de Vaison-la-Romaine ou la chapelle Saint-Gabriel prés de Tarascon. Il y a aussi beaucoup de parentés avec l’église de Larnas que j’ai déjà décrite dans un autre article.


Saint-Gabriel, Trascon.

Saint-Quenin, Vaison-la-Romaine.


J’ai limité à ces deux dernières chapelles ma comparaison mais la liste pourrait être longue.

D’autres indices architecturaux confirment mon hypothèse de la présence active d’une importante communauté de lapicides des deux côtés de la vallée du Rhône ; des départements actuels de la Drome à l’Ardèche et au Gard, j’jusqu’au Vaucluse et aux Bouches-du-Rhône.

Je travaille activement et avec passion à cette recherche que j’espère livrer bientôt.