vendredi 3 avril 2026

Il faut sauver le soldat Saint-Thyrse !

 


Avec cet article j’aborde à nouveau la douloureuse problématique de la sauvegarde de ces églises et chapelles de nos régions, partagé entre l’espoir et la désolation.

Au nord de Bagnols-sur-Cèze je découvre trois églises et chapelles dont le sort diffère.

Tout au nord du département du Gard à la limite de l’Ardèche, la chapelle Sainte-Agnès sur la commune de Saint-Paulet-de-Caisson, heureusement préservée et restaurée offre un bel exemple de l’influence provençale sur la rive droite du Rhône avec son chevet pentagonal percé de larges baies.





Sur le mur sud on peut aussi remarquer l’ancienne porte, depuis murée présente de beaux claveaux en guise de décor de son archivolte laissant penser à une construction de la fin du Xie sans doute remaniée par la suite.




L’église a fait l’objet d’une campagne de sauvegarde par une association locale et la commune ainsi que la Conservation du Patrimoine, elle est toujours l’objet d’une attention soutenue ce qui est heureux. Il est seulement dommage que tout ce travail collectif ne permette pas encore une visite plus complète.

Un peu plus au sud et sur la commune de Sabran on devine la silhouette d‘une église romane du XIIe siècle au lieu-dit du Colombier dédiée à Sainte-Radegonde. L’’église à nef unique avec un large chevet présente un plan assez courant pour les églises romanes de la région. L’absence de sources et une église désespérément fermée ne permet guère d’en deviner plus, mais il semble que l’intérieur ait été remanié.




La plus remarquable mais aussi la plus délabrée en apparence, est la chapelle Saint-Thyrse de Maransan, située à deux kilomètres de Bagnols et dont Pierre Albert Clément dans son ouvrage de 1979 se lamentait déjà de son état d’abandon dans l’indifférence des édiles locaux.

Celle chapelle située à proximité d’un gué sur la rivière Cèze était une dépendance de l’abbaye de l’Ile-Barbe de Lyon en relation avec les églises du Tricastin. Elle aurait fait l’objet de plusieurs campagnes de constructions entre la fin du Xie et le XIIe siècle.

L’état de la végétation qui envahit jusqu’au toit ne rend pas possible en sécurité d’en deviner davantage mais malgré cette apparente désolation l’édifice semble préservé les accès sont fermés par des grilles, de certaines photo il apparait que les abords sont parfois entretenus et son état actuel semble avoir guère changé depuis l'ouvrage de Mr Clément qui date déjà de 1979. La jungle qui l'entour la préserverait peut-être mais pour combien de temps encore ?





On remarque la baie cruciforme de l’arc triomphal un des marqueurs de l’art du XIe siècle et aussi les détails sculptés de la corniche de l’abside de rosaces, palmettes et demi-cercles, dont la qualité d’exécution laisse deviner le talent des sculpteurs. Notamment il faut s'intéresser à la corniche de l'abside qui donne des pistes sur l'importance de l'édifice. La présence de signes de tâcherons mais aussi ces étranges gravures en forme de flèches ou de plumes, des pierres, que l'on retrouve dans plusieurs églises du couloir rhodanien indiquerait la présence d'un atelier de sculpteurs et de tailleurs de pierres de premier plan pour sa réalisation.

Je reviendrai sur ces signes au fil des articles précédents sans doute pour leur consacrer un article particulier, car je crois avoir trouvé une source fiable pour l'expliquer.






Cette chapelle a été vendue comme un bien national, elle est aujourd’hui curieusement dans le même délabrement que dénonçait Monsieur Clément il y a près de cinquante ans, alors que ses propriétaires semblent ouverts à toute proposition de sauvegarde. Si nous le voulons nous pouvons sauvegarder une église qui est sans doute un jalon d'une chaine de magnifiques quoique oubliés témoins de notre histoire commune. .

dimanche 29 mars 2026

Des chapelles et des oppida (2) : Gaujac.

 


Au sud de Bagnols-sur-Cèze ; l’oppidum e Gaujac est la deuxième de ce département à moins de 7 kilomètres à vol d’oiseau de celle de Laudun que j’ai citée dans mon précédent article.

Cet oppidum fut également occupé dès l’époque celtique par la tribu des Samnagenses dont le nom tient du vocable de leur capitale Samnaga édifiée au Vie siècle av JC et qui devint après la conquête romaine une ville importante et notamment un lieu de culte remarquable dédié à Apollon et aux Parques. Durant toute l’époque romaine le lieu prospéra jusqu’à ce qu’un important séisme au IIIe siècle de notre ère en réduisît l’importance.

Cependant le lieu continua d’être occupé et les vestiges d’une église paléochrétienne en témoigneraient.

Je n’ai malheureusement pas eu le temps de visiter le site ce qui n’est qu’occasion manquée, plus attaché à rechercher la chapelle Saint-Saturnin située au pied de l’oppidum.

Cette modeste mais charmante église est aujourd’hui envahie par la végétation mais aussi les constructions pavillonnaires qui semblent encore plus envahissantes que le lierre de ses murs.







La chapelle se dévoile cependant et semble résister aux outrages du temps et de la modernité. Il existe là encore bien peu de documentation la concernant. Monsieur Clément ne lui consacre que quelques lignes et semble voir un édifice du XIe siècle ce qu’attesterait l’emploi de gros moellons pour la construction de ses murs.






Rien n’est moins sûr cependant. Et les quelques vues intérieures de la chapelle, difficile d’accès en raison de la présence de larges grilles qui empêchent d’en voir parfaitement les volumes, me font davantage penser à un édifice du début du XIIe.






Combien de temps encore résistera cette charmante chapelle aux ravages du temps de l’indifférence et de l’urbanisation. Je me le demande sans doute en vain malgré le charme indéniable du lieu.

Un peu plus au sud il y a une deuxième chapelle sur cette même commune, Saint-Jean de Rozilhan, dédiée à saint Jean-Baptiste. L’avant nef date du XVIIIe mais le chœur encore visible date bien du XIIe siècle. Là encore les sources manquent et ma curiosité reste entière car il est certain que les mémoires locales pourraient nous éclairer.







mardi 24 mars 2026

Saint-Geniès de Laudun ; l’oubliée des oubliées.

 


Il est impossible de quitter Laudun sans aller voir sa deuxième église romane, reléguée sous le vocable chapelle dans l’actuel cimetière à la sortie du village actuelle.

 Elle est tellement modeste que même Pierre A Clément dans son ouvrage sur les églises romanes du Languedoc ne la mentionne pas.

Pourtant cette chapelle qui sert aussi de remise pour divers objets était lors de sa construction la véritable église paroissiale et devait avoir des dimensions bien plus importantes que ce que nous soupçonnerions au premier regard.


En effet c’est seulement une partie du transept sud qui est visible ainsi que du chevet. Il n’est inenvisageable de penser que le vestige du chevet est même qu’une simple absidiole laissant penser à l’existence d’une église à trois nefs.

Malgré sa ruine cette église n’est pas totalement abandonnée et a fait l’objet d’une restauration heureuse qui permet de voir encore l’appareillage irrégulier des murs mais aussi l’usage de belles pierres de taille pour les baies mais aussi les piliers aveugles du transept.



On peut aussi remarquer la croix marquée par les pierres du mur sud du transept, seule décoration de cet austère mais bel édifice qui semble pouvoir être datée du XIIe siècle et qui pourrait être plus ancienne ce que je ne me hasarderais pas à soutenir, faute de sources. Des fouilles ou tout autre information seraient les bienvenus.



samedi 21 mars 2026

Des chapelles et des oppida: Le Camp de César.

 


Sur la rive droite du Rhône entre les rivières de la Cèze et de la Tave se déploie un vaste plateau calcaire à deux cent cinquante mètres de hauteur le plateau de Lancan et de Lacau dans le département du Gard.

Malgré sa faible altitude, le plateau se détache immédiatement du paysage de vigne et de culture qui s’étend en contrebas. Aujourd’hui les usines du sud de la vallée du Rhône occupent aussi l’espace visuel ainsi que les nombreux lotissements des villages alentour.

Ce plateau qui a plus ou moins la forme d’une main grossière, a été occupé dans son extrémité sud-ouest dès l’époque protohistorique jusqu’à l’époque médiévale sur une superficie de 18 hectares sur le territoire de l’actuelle commune du Gard de Laudun-L’Ardoise et il est connu sous le vocable de Camp de César.



C’est sur ce plateau que je vous emmène lors d’une escapade matinale de septembre 2025 pour admirer toute la sauvage beauté de paysages de rochers et d’escarpements au milieu d’une garrigue verdoyante. Ce matin où la brume se levait à peine, la vue était enchanteresse avec au nord-est le Mont Ventoux et au sud les ondulations du Rhône vers la mer.




Je n’ai trouvé presque aucune source écrite sur ce lieu et en particulier sur son occupation médiévale. Ni dans l’ouvrage des éditions du Zodiaque consacré au Languedoc roman ni dans celui, déjà ancien, de Pierre A Clement sur « Les églises romanes oubliées du Bas Languedoc ».

Ce dernier auteur évoque rapidement l’histoire riche de ce plateau lorsqu’il aborde la présentation de l’église de Saint-Pierre de Castres située à l’autre extrémité ouest du et qui fera l’objet d’une présentation ultérieure. Tout au plus relève-t-il que ce plateau a été occupé bien avant les Romains et ce, en plusieurs endroits dont celui, actuel du « Camp de César ».

Je joins une carte de cet ensemble qui montre dans un cercle rouge le périmètre de l’oppidum avec en bleu l’emplacement de la ville gauloise et en noir celui de la chapelle médiévale et plus à l’ouest un autre point noir marquant l’emplacement de la chapelle de Saint-Pierre de Castres sur le territoire de la commune de Tresque.



La seule source facilement accessible est celle du site de la commune de Laudun qui semble assez complète et bien documentée mais qui malheureusement ne donne pas de liens bibliographiques.

Vous pourrez pour plus de détails, consulter ce site que je n’entends pas paraphraser, préférant laisser le cours à une visite délicieuse qui m’imprègne encore de son souvenir comme beaucoup de ces lieux que j’ai eu la chance de visiter et où la beauté du paysage le partage avec l’intensité de l’émotion. Voilà très certainement en tout cas un endroit inattendu où je pourrais m’installer.

L’occupation de ce site est attestée depuis au moins le Ve siècle avant JC. Ce sont d’abord des Celtes qui l’occupent et qui bâtissent une vaste forteresse à un point stratégique de contrôle de routes commerciales allant du nord au sud le long du Rhône, mais aussi d’est en ouest.

Il reste une partie de cette forteresse gauloise encore bien visible avec des murs de grosses pierres construits en angle, pour faciliter la défense.





Après une période d’abandon le plateau sera à nouveau occupé et le territoire sera agrandi dès le Premier siècle avant JC par les Romains qui s’installent très tôt dans cette riche province. La ville idéalement située au-dessus d’un riche territoire agricole et au carrefour de routes commerciales majeures et qui ne cessera de se développer pendant toute la longue histoire romaine avec la construction de nombreux édifices, comme un forum et une basilique et une vaste enceinte entourée de tours encore visible.









Même si malheureusement il manque sur place un peu de lisibilité sur les détails de ces constructions, les nombreux vestiges des villes gauloises et romaines offrent l’occasion de magnifiques découvertes.

Un peu plus au nord du plateau il est temps de découvrir les ruines d’une église romane et pour partie préromane.



Cette église est localement placée sous le vocable de Saint-Jean de Todon ou Saint-Jean de Rousigue ou encore Rouzigues, curieux vocable qui fait sans doute référence à une appellation locale.

Ce qui ressemble à une chapelle était plus vraisemblablement l’église d’un prieuré qui a prospéré du Vie au XIVe siècle, période durant laquelle le site a été abandonné. L’édifice est en effet imposant pour une longueur de plus de 20 mètres.










 De la première période de construction de l’église sont encore bien visibles, à la base des murs les vestiges d’un appareillage en opus spicatum . On devine encore le chevet en hémicycle flanqué de larges pilastres qui sont peut-être les vestiges de fortifications plus tardives.






 

Plusieurs campagnes de fouilles auraient été menées sur le site, mettant à jour un ancien cimetière, hélas je n’ai retrouvé aucun compte-rendu de ces fouilles.

Une part de légende entoure encore ce lieu au charme saisissant, comme celle de la présence d’une chèvre d’or qui y aurait été cachée excitant l’imaginaire et les convoitises de fouilleurs amateurs depuis des générations. Ou encore d’un lieu de culte où les enfants malades étaient portés dans la chapelle et retrouvaient la guérison une fois dépouillés de leurs anciens vêtements et habillés de neuf.

Il est vrai que partout résonnent, sur ce plateau l’histoire et le mystère.

Pour ceux qui le souhaitent voici le lien vers le site de la commune de Laudun.

https://laudunlardoise.fr/culture-patrimoine/patrimoine-a-decouvrir/camp-de-cesar