vendredi 27 juillet 2018

Quelques digressions comparatives à propos de la Tarasque de Noves.

Comparer l'art gaulois à l'art roman est un exercice périlleux;  mais je ne suis pas le seul à penser que l'art des anciens celtes conserve curieusement des ramifications jusqu'à l’époque romane.
On doit à Marcel Moreau un excellent ouvrage sur la "Tradition celtique dans l'art roman".
Il est toutefois presque certain qu'aucun des sculpteurs romans n'a jamais pu connaître la sculpture conservée à Avignon et pourtant...

La Tarasque de Noves nous parait comme une oeuvre unique, on peut cependant lui trouver quelques cousinages. Le plus évident est la sculpture appelée le Monstre de Linsdorf. Cette oeuvre dont l'origine est inconnue semble avoir circulé de longue date de collectionneurs en collectionneurs jusqu'à son dernier acquéreur en Alsace. Je n'en ai trouvé que peu de description et je ne connais pas sa localisation actuelle. Bien que plus petite que la Tarasque elle présente bien des parentés avec sa célèbre cousine et pourrait également provenir de la région celto-ligure. Comme elle la créature repose sur des têtes coupées et conserve une cavité creusée entre ses pattes qui épouse parfaitement celle d'un crâne humain. L'attitude de l'animal est également en tout point comparable.
Le Monstre de Linsdorf

Je vous invite à découvrir un site à son propos.
http://www.kelticos.org/gallery/main.php?g2_itemId=585

Il existe d'autres rares exemples de sculptures proches, comme ce loup carnassier conservé au musée des Antiquités nationales à Saint-Germain-en-Laye ou encore cette étrange sculpture que j'ai pu photographier au pignon de l'église d'Angles en Vendée qui selon la tradition serait également une sculpture gauloise. Comme la célèbre Tarasque elles présentent des caractéristiques communes, gueules ouvertes et positions accroupies. On peut également citer le monstre de Vienne-en Val dans le Loiret.
Loup carnassier Musée des Antiquités Nationales 

Loup d'Angles Vendée

Monstre de Vienne-en-Val
 La période romaine donnera quelques exemples avec des variantes propres à une tradition rattachée aussi à des sources étrusques. Ainsi cette sculpture romaine appelée de Cerbère de Ponticello conservée au musée archéologique de Gênes, il représente un chien à trois têtes dont une des pattes repose sur une tête décapitée; le chien gardien des mondes souterrains reprend ainsi une partie de la tradition celtique .
Le Cerbère de Ponticello

Parfois le loup celtique devient aussi un lion et nous semble plus familier tant le lion est régulièrement représenté dans la sculpture romane.

Ainsi le Lion terrassant un gladiateur thrace conservé au musée Denon de Chalon-sur Saône. Pourtant cette sculpture avait un caractère funéraire comme la Tarasque, proche lui aussi de la tradition étrusque. De la période gallo-romaine d'autres sculptures voisines peuvent être remarquées comme le lion retrouvé à Hettange-Grande Suzange.
https://archeographe.net/node/463
Lion terrassant un gladiateur Musée Denon de Chalon sur Saône

Lion de Hettange Grande Suzange


Ou encore celui également conservé au musée Calvet à Avignon.
Lion du Musée Calvet Avignon

Venons en maintenant à l'époque romane après un grand écart de plusieurs siècles, mais il est possible que de nombreux maillons m’échappent, il est surprenant de découvrir que le thème du monstre dévorant ait connu un grand succès.
Certes la signification change en particulier celle de la symbolique du passage du monde des vivants vers celui des morts attaché aux sculptures gauloises ou gallo-romaines. Le lion est un symbole multiple à la fois bête dévorante et symbole du mal il est aussi celui de la force et de la dignité il est souvent le gardien du sanctuaire sacré et il existe de nombreux lions accroupis aux portails des églises romanes en Italie du Nord.
Détail de la chaire de Barga en Toscane.

Il y a beaucoup à dire sur le Lion ou le Loup au Moyen Âge et ce n'est pas mon propos ici.
La bête dévorante des âmes et des corps connait une faveur certaine en particulier dans la région provençale; au portail de Saint-Trophime d'Arles ou à celui de Saint-Gilles du Gard ou encore au cloître  de Montmajour.

Saint-Trophime Arles

Saint-Gilles du Gard

Cloitre de Montmajour

Rozier Cotes d'Aurec Loire
Parfois il s'agit d'un loup, comme à Rozier-Cotes-d'Aurec dans la Loire mais les représentations du loup sont plus rares.
Rozier Cotes d'Aurec Loire

Le lion connaît, lui une grande faveur bien au delà de la région provençale ou de l'Italie du Nord  et je ne partage que quelques exemples que j'ai pu découvrir, à Airvault,  Arnac-Pompadour ou Anzy-le-Duc. Mais que de similitudes parfois jusqu'à l'attitude de l'animal, comme à Anzy-le-Duc...


Airvault


Arnac Pompadour

Anzy le Duc

Et que dire de ce lion dévorant un homme à demi englouti dans sa gueule à Oloron-Sainte-Marie.
Même position accroupie, même gueule ouverte de dents multiples, comme pour la Tarasque de Noves qui lui semble soudain si proche, le monstre à l'entrée du temple pyrénéen pose ses griffes dans le corps cette fois d'un être curieux mi-homme mi-monstre avec un visage difforme et grimaçant avec une forme à la fois de défi et de mise en garde...
Oloron Sainte Marie

La tarasque de Noves

Pour en découvrir plus ou mieux:

- " L'art Gaulois" éditions du Zodiaque collection La Nuit des Temps.
- "La tradition celtique dans l'art roman" Marcel Moreau.
- " La  Provence antique" Jean-Paul Clébert édtions Robert Laffont.
- "Les fouilles de Vienne-en-Val" de Gilbert Picard.
- "A propos de deux sculptures méconnues" de Gilles Langloys

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