Avec ce petit article j’achève ma visite de ce beau musée du
Nord du Gard.
La sculpture que je vous invite à découvrir est sans doute
la plus intéressante et la plus énigmatique et le site du musée n’aide guère à
répondre aux questions sur son origine.
Ces fonts ont été composés avec cinq panneaux de plomb
moulés puis ciselés et gravés, assemblés par des pièces de métal sans qu’il
soit possible de déterminer qu’elles sont d’origine.
Le site du musée indique que ces fonts proviendraient d’une
église de l’Aveyron, d’autres sites évoquent le département de l’Hérault sans
confirmation possible. Ce qui est certain c’est que les fonts baptismaux en
plomb sont très rares dans le sud de la France. Les plus nombreux sont
localisés au nord-ouest de notre territoire, surtout en Normandie et ont plus
nombreux encore en Angleterre, avec laquelle la Normandie entretient des liens
historiques.
Une étude déjà ancienne des fonts baptismaux en plomb avait
été entreprise par l’historien George Zarnecki » English romanesque lead
sculpture-Lead fonts of the twelth century ». Mais il n’est pas fait
référence à la sculpture conservée au musée de Pont-Saint-Esprit.
Même Colin Stuart Drake dans son ouvrage de référence « The
Romanesque fonts of Northern Europe and Scandinavia », n’évoque pas l’existence
de cette œuvre, mais il livre des indices déterminants. Beaucoup de ces fonts
reproduisent un thème assez classique et presque répétitif celui d’une crucifixion
et de quatre apôtres, peut-être les évangélistes parfois séparés de panneaux
avec des motifs végétaux, chaque représentation étant entourée d’une arcature
en plein cintre, comme pour ceux de Pont-Saint-Esprit.
![]() |
| Fonts de la cathédrale de Gloucester, Angleterre. |
![]() |
| Fonts en pierre de l'église de Cloleshill, Warwickshire, Angleterre. |
Ici cependant la sculpture est plus « économe »,
seuls quatre apôtres entourent la scène de la crucifixion. A Pont-Saint-Esprit
la sculpture paraît plus « maladroite » ; les mains, les traits
des visages paraissent naïvement traités. Il est difficile de reconnaitre les apôtres
représentés à l’exception d’un seul qui est en position verticale tandis que
les trois autres sont assis tenant ce qui ressemble à un livre ou une clé.
Il est possible d’évoquer l’hypothèse que cette œuvre n’est
pas originaire de l’Aveyron mais bien de l’ouest de la France ou bien d’Angleterre
ce qui ne sera pas un cas unique si on pense à l’histoire extraordinaire du coffret
d’Auzon retrouvé par hasard par un collectionneur en Auvergne alors qu’il
provenait d’un trésor saxon du nord de l’Angleterre.
Beaucoup d’œuvres médiévales circulaient en Europe peu de
temps après leur conception, beaucoup constituaient les fonds des trésors d’abbayes
ou d’évêchés en France ou ailleurs et beaucoup ont été dispersées au gré des
chaos de l’histoire et encore davantage après la Révolution.
Certaines ont été préservées de la disparition grâce aux
collectionneurs privés comme ces fonts qui proviennent aussi d’une collection
privée avant de revenir dans le domaine public grâce à ce musée. Comme je l’ai
remarqué à plusieurs reprises, les collections privées ont favorisé parfois la
sauvegarde de trésors inestimables mais souvent au prix de l’effacement de la
mémoire de leur histoire et de leur origine.
Je vous invite à découvrir les deux ouvrages cités en
référence de cet article, bien que difficilement accessibles et aussi les fonts
de Coleshill que vous pourrez découvrir sur ce blog.










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