Parmi les œuvres romanes du musée d’art religieux il y a deux vierges de factures et de style bien différentes.
La première est une vierge en bois peinte sans doute dès
l’origine bien que les peintures aient été reprises sans doute à plusieurs reprises
les siècles suivants. Cette œuvre proviendrait selon le site du musée de
Catalogne ce que semble confirmer son style si on la compare avec d’autres,
nombreuses dans cette région de l’Espagne. Elle est datée de la fin du XIIe et
peut être du début du XIIIe siècle.
Quand j’ai publié cette image sur ma page je ne m’attendais
pas à son succès car, à vrai dire, ce n’est pas ma préférée, même si je n’apprécie
pas trop les classements. De très nombreux commentaires semblent douter de la représentation
de la Vierge la confondant avec sainte Anne, et sur ce point je tiens à lever
les doutes. Sainte Anne n’est jamais représentée assise sur un trône mais le
plus souvent debout ; en outre sainte Anne ne porte pas de couronne, seule
la mère de Jésus est coiffée de cet attribut.
Plus complexe est l’identification du fruit qu’elle tient
dans sa main droite. J’ai évoqué la pomme, qui est le fruit « en vogue »
à partir du XIIe siècle. Mais ce fruit a aussi été associé à la figue ou, même au
raisin car ce sont les feuilles de ces arbres qui abritèrent la nudité d’Adam
et d’Eve. Pour vous faire votre avis je vous invite à découvrir l’excellent
article de Hilario Franco Junior dont je joins ici le lien ou encore l’incontournable
ouvrage sur les hommes et les femmes au Moyen Age sous la direction de Jacques
Le Goff en poche aux éditions Champs Histoire.
Un indice toutefois, en latin le mot pomme et mal sont homonymes
et s’écrivent tous les deux malum. Le mot pomum peut être traduit par le mot
plus générique de fruit. Le diable est dans le détail.
Enfin un mot sur cette nouvelle Eve qu’est la Vierge au
Moyen Age, celle qui offre à se détourner du mal par son obéissance à Dieu
tandis que Eve aurait perdu les hommes pas sa désobéissance, La Vierge répare
le mal et la faute originelle.
Laissons la parole à
Bernard de Clairvaux ; « A Eve la première femme, Dieu substitut une autre
femme. Marie aussi prudente que humble que la première fut folle et orgueilleuse :
O femme digne d’une vénération sans égale, vous réparez le mal de nos premiers
parents, vous donnez la vie à tous leurs descendants ! ».
La deuxième vierge
est une sculpture sur pierre assez naïve, une autre Sedes Sapientiae, datée
selon le site du musée du XIIe siècle et qui serait originaire de l’Aveyron. La
rudesse de la sculpture ne dissipe pas les doutes sur sa dation et son origine.
La facture assez maladroite de cette sculpture n’est pas
toujours un gage de son ancienneté ; Comme la précédente elle provient d’un
ancien fond d’un collectionneur privé.
Enfin, je ne résiste pas à partager cette belle huile sur
bois de la Vierge avec l’ange Barachiel du XVe de l’école florentine, œuvre qui
souligne encore l’intérêt de ce beau musée.








