jeudi 14 mai 2026

La chapelle Saint Pierre de Saint-Etienne-des-Sorts.

 


A l’extrémité est du département du Gard, au bord du Rhône qui fait aujourd’hui office de frontière administrative avec le département voisin du Vaucluse a été fondée de longue date la commune actuelle de Saint-Etienne-des-Sorts.

L’église du village construite au bord du fleuve, conserve encore des parties romanes difficilement décelables à l’extérieur d’un édifice totalement remanié au XIXe siècle. Malheureusement inaccessible, ce n’est pas cette église que je vous propose de découvrir mais une chapelle castrale partiellement ruinée, perchée au bord du plateau qui domine le village au centre d’une position stratégique à proximité de la boucle que forme le Rhône entre Pont-Saint-Esprit et Orange.

Le grand fleuve, peu franchissable est en réalité navigable et l’est depuis l’antiquité et sans doute bien avant un axe de communication majeur entre la Méditerranée et le nord de l’Europe.



Les sources sur les fondations de la chapelle comme du village sont incertaines mais il semble qu’il s’agisse d’une fondation clunisienne cédée par le conte de Sabran à la grande abbaye Bourguignonne et rattachée à l’église de Saint-Saturnin-du-Port de Pont-Saint-Esprit au concile de Tournus. Cette chapelle et son château dont il ne reste que le donjon sont parfois aussi rattachés au prieuré de Saint-Pierre-de-Castres, elle-même fondation clunisienne.

Sa fonction reste également confuse, s’agissait il d’une simple chapelle castrale ou d’un lieu de péage pour les marins qui fréquentaient régulièrement le Rhône ? Une fois encore il faut garder du recul sur les rares publications numériques à son propos, fort peu documentées.

Ce qui reste est heureusement une charmante chapelle presque intégralement préservée à l’exception de sa façade et d’une partie de son parement en pierre de taille, qui comme le donjon voisin a sans doute fait l’objet, au cours des siècles, de prélèvements pour la construction des habitations voisines.






C’est une simple église à travée unique et chevet en hémicycle comme on en rencontre beaucoup dans la région, construite en petit appareil assez irrégulier sans doute pour des raisons d’économie à l’exception des embrasements de fenêtres et au chainage d’angle au moins sur le mur nord.



La construction est soignée, comme en atteste les marques de tacherons de la fenêtre axiale et la moulure de la corniche du chevet. La qualité du travail est cependant assez éloignée d’autres chapelles voisines que j’ai précédemment décrites dans ce blog.







On ne peut qu’espérer une restauration prochaine de ce beau lieu qui semble inexorablement se dégrader et une ouverture de l’église du village qui offrirait bien des raisons d’un séjour ou d’un passage charmant.



Un dernier mot sur le vocable de la commune, tant il intrigue. Le site officiel évoque l’histoire d’un tirage au sort des habitants pour choisir la protection du saint de leur village entre Pierre et Etienne, ce dernier l’emportant par le vote populaire, histoire cocasse et séduisante mais qui n’est étayée par aucune documentation fiable. D’autres encore, évoquent le sortilège associé au Diable, souvent présent aux lieux de passage des fleuves et rivières ce qui n’est qu’une hypothèse.

Le plus vraisemblable est à rechercher dans l’origine du mot sort qui vient de l’occitan et du vieux latin sors ou sort que l’on peut traduire par source. La présence de nombreuses sources est attestée à proximité de tous les plateaux de cette partie du Gard, démontrant encore une fois l’importance cruciale et immémoriale de l’eau dans cette région.

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