A l’extrémité est du département du Gard, au bord du Rhône qui fait aujourd’hui office de frontière administrative avec le département voisin du Vaucluse a été fondée de longue date la commune actuelle de Saint-Etienne-des-Sorts.
L’église du village construite au bord du fleuve, conserve
encore des parties romanes difficilement décelables à l’extérieur d’un édifice
totalement remanié au XIXe siècle. Malheureusement inaccessible, ce n’est pas
cette église que je vous propose de découvrir mais une chapelle castrale
partiellement ruinée, perchée au bord du plateau qui domine le village au
centre d’une position stratégique à proximité de la boucle que forme le Rhône
entre Pont-Saint-Esprit et Orange.
Le grand fleuve, peu franchissable est en réalité navigable
et l’est depuis l’antiquité et sans doute bien avant un axe de communication
majeur entre la Méditerranée et le nord de l’Europe.
Les sources sur les fondations de la chapelle comme du
village sont incertaines mais il semble qu’il s’agisse d’une fondation
clunisienne cédée par le conte de Sabran à la grande abbaye Bourguignonne et
rattachée à l’église de Saint-Saturnin-du-Port de Pont-Saint-Esprit au concile
de Tournus. Cette chapelle et son château dont il ne reste que le donjon sont
parfois aussi rattachés au prieuré de Saint-Pierre-de-Castres, elle-même fondation
clunisienne.
Sa fonction reste également confuse, s’agissait il d’une
simple chapelle castrale ou d’un lieu de péage pour les marins qui
fréquentaient régulièrement le Rhône ? Une fois encore il faut garder du
recul sur les rares publications numériques à son propos, fort peu documentées.
Ce qui reste est heureusement une charmante chapelle presque
intégralement préservée à l’exception de sa façade et d’une partie de son
parement en pierre de taille, qui comme le donjon voisin a sans doute fait l’objet,
au cours des siècles, de prélèvements pour la construction des habitations
voisines.
C’est une simple église à travée unique et chevet en hémicycle
comme on en rencontre beaucoup dans la région, construite en petit appareil
assez irrégulier sans doute pour des raisons d’économie à l’exception des
embrasements de fenêtres et au chainage d’angle au moins sur le mur nord.
La construction est soignée, comme en atteste les marques de
tacherons de la fenêtre axiale et la moulure de la corniche du chevet. La qualité
du travail est cependant assez éloignée d’autres chapelles voisines que j’ai précédemment
décrites dans ce blog.
On ne peut qu’espérer une restauration prochaine de ce beau
lieu qui semble inexorablement se dégrader et une ouverture de l’église du
village qui offrirait bien des raisons d’un séjour ou d’un passage charmant.
Un dernier mot sur le vocable de la commune, tant il intrigue.
Le site officiel évoque l’histoire d’un tirage au sort des habitants pour
choisir la protection du saint de leur village entre Pierre et Etienne, ce
dernier l’emportant par le vote populaire, histoire cocasse et séduisante mais qui
n’est étayée par aucune documentation fiable. D’autres encore, évoquent le
sortilège associé au Diable, souvent présent aux lieux de passage des fleuves
et rivières ce qui n’est qu’une hypothèse.
Le plus vraisemblable est à rechercher dans l’origine du mot
sort qui vient de l’occitan et du vieux latin sors ou sort que l’on peut
traduire par source. La présence de nombreuses sources est attestée à proximité
de tous les plateaux de cette partie du Gard, démontrant encore une fois l’importance
cruciale et immémoriale de l’eau dans cette région.









Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire