mardi 15 septembre 2026

La simplicité de l’extraordinaire (Thines deuxième partie).

 

 


Il y a deux façons d'aborder l’église, soit de grimper les marches qui accèdent au portail sud, soit de la découvrir par l’ouest et le petit cimetière qui l’entoure.

La première fois que je l’ai visité j’ai choisi l’évidence de l’escalier mais cette fois-ci j’ai préféré l’autre chemin a peine plus long, mais qui permet d’en comprendre complètement le plan. Un plan relativement simple et classique surtout pour nombre d’église de cette partie du couloir rhodanien et du Languedoc. Mais les dimensions de l’église sont cependant bien supérieures à bien d’autres de la région.

L’église à nef unique présente trois étagements, une nef a deux travées avec le chœur et l’abside en retrait successif.



Tel que nous la découvrons, nous n’imaginons pas les transformations qu’elle a subie depuis sa redécouverte au XIXe siècle, depuis que Prosper Mérimée, mais il ne fut pas le seul, en mesura l’immense intérêt.

On imagina en effet de lui ajouter un important clocher qui alla même jusqu’à menacer la nef et qui fut supprimé au début du XXe siècle pour le remplacer par l’actuel clocher-mur de la façade ouest. Le portail fut aussi intensément modifié mais nous y re viendrons plus tard.

Manifestement la décoration des murs sud et nord et celle du chevet ne fut pas modifiée et miraculeusement préservé des destructions des guerres de religion puis de la révolution. Cette partie de l’église, à l’exception du portail est sans aucun doute la plus extraordinaire par sa richesse, sa variété et le gout de la couleur naturelle des pierres qui, partout, explose au regard

Je ne suis pas loin de partager l’avis de Raoul Bacconier qui a cru reconnaitre ici la présence de deux ateliers de sculpture, l’un consacré au portail et certains chapiteaux du chevet et de l’intérieur et l’autre au traitement de la magnifique corniche des murs et du chevet. Il y a en effet une différence de style indéniable.



La corniche des mur sud et nord déjà complexe atteint un plus haut degré au chevet que sépare quatre lesènes bichromes ornés chacun de motifs différents souvent végétaux mais o on pourra reconnaitre un fil à plomb de maçon. Au-dessus de chaque lesène ont été sculptées des demi-colonnes sur des chapiteaux en guise de transition, chapiteaux habilement sculptés et qui rappellent les sculptures du portail.


















La corniche superpose une accumulation de motifs sculptés, avec des bandes de losanges et de dents d’engrenage supportée par des modillons se terminant par des têtes humaines ou animales parfois fantastiques. Dernier niveau, sous la toiture on admire une profusion de sculptures inspirés peut-être de la faune et de la flore locale mais aussi avec de nombreux objets du quotidien des sculpteurs.

Ces sculptures sont à rapprocher de la corniche de l’église proche de Chambonas.

 













Enfin partout domine l’alternance de la couleur des pierres en particulier aux fenêtres, avec un choix souvent méthodique et précis dans l’agencement et l’alternance de la maçonnerie.









 





 

Une fois de plus cette église conforte mon opinion selon laquelle et contrairement à une idée admise depuis peu, toutes les églises médiévales n’étaient pas enduites, mais que les bâtisseurs médiévaux avaient autant le gout de la pierre naturelle que celui de la pierre peinte.

 

 


jeudi 3 septembre 2026

Thines; la belle sauvage.

 


Découvrir Thines pour la première fois provoque la surprise et l’émerveillement.

Ce hameau de quelques habitants, perdu au milieu d’un paysage en apparence austère, mais magnifique, de granits gris et de schistes rouges et verts, percé par une rivière vive au milieu d’une végétation de garrigue accrochée à la roche à pic, ne laisserait pas imaginer la présence d’une des plus belles églises du Vivarais.

Quand on la découvre par la route du nord, passant par les cols de l’Echelette et de la Croix Blanche, presque noyée au milieu des vagues des montagnes et des forêts, on devine déjà de loin ses volumes remarquables.



La présence d’une telle église si loin du monde a toujours interrogé les historiens au point que bon nombre de légendes ont tenté d’en expliquer l’origine ; soit la retraite d’une princesse languedocienne ou une fondation voulue par Charlemagne ou un Pape.

Les sources sur sa fondation sont incertaines et parcellaires et souvent tardives, mais il semble aujourd’hui que la plupart des historiens s’accordent pour reconnaître une fondation d’un monastère de Saint-Chaffre du Monastier dans le Velay.



Thines était en réalité une dépendance de Montselgues, elle-même fondation du Monastier et située à seulement quelques kilomètres au nord. Malgré son isolement cette église était en réalité située sur une route secondaire de pèlerinage vers le Puy mais aussi vers Compostelle que les moines de Saint-Chaffre, pour des raisons économiques autant que religieuses ont souhaité développer, ce dont ils sont parvenus avec succès, comme en témoigne la beauté insolite et majestueuse du site.

J’ai découvert pour la première fois Thines il y a plus de 20 ans par la petite route sinueuse qui longe les rivières du Chassezac puis de la Thines. On se faisait des frayeurs à chaque croisement tant la route était étroite et peu stable. La route par le nord est plus large et malgré le peu de kilomètres il faut savoir ménager son temps.

Mais contrairement a beaucoup d’autres, les lieux n’ont presque pas changé et malgré l’aridité du climat de cet été, ils semblent comme « à l’écart » des malheurs et des folies du monde. On peut ainsi s’adonner à la contemplation et à la respiration de la beauté minérale et végétale de « la perle du Vivarais ».