dimanche 22 novembre 2015

Le trésor d'Avenas.

Il était impossible pour l'amateur de sculpture romane que je suis de na pas partager mon émerveillement pour ce chef d'oeuvre qu'est l'autel d'Avenas qui surpasse grandement en réputation la modeste église qui lui sert d'écrin mais qui mérite cependant un attentif examen.

Avenas se découvre en empruntant une route sinueuse comme une sorte de bout du monde pour franchir le col du Fût d'Avenas qui était une route majeure au Moyen-âge permettant de relier le Chalonnais et la loire par le Brionnais, route déjà fréquentée par les romains et sans doute antérieurement.

Le petit village blotti au pied du col dans un paysage de forets denses est presque montagneux a gardé une église très largement restaurée au XXe siècle dédiée à Notre-Dame et était une dépendance du diocèse de Mâcon. On doit cependant considérer que cette église devait occuper une place majeure à l'époque romane pour y conserver un aussi fabuleux exemple de la sculpture romane en France. Il ne fait cependant aucun doute que cet autel que je décrirait davantage dans un autre billet à bien été réalisé pour cette église comme en atteste le coté gauche de l'autel qui semble la représenter presque parfaitement à l'identique telle qu'elle devait être  lors de sa construction.

L'église actuelle est cependant modeste, et présente une simple nef en petit appareil d'une quinzaine de mètres couverte d'une charpente. Le clocher est lui moderne et on lui à adjoint au XXe siècle un clocheton ajouré qui en dénature quelque peu l'harmonie . La coupole sur trompe, à la croisé d'un transept saillant est percée de deux petites fenêtres qui éclairent l'autel est charmante ainsi que l'arcature absidale avec ses cinq arcs entourant les trois fenêtres sans doute élargies de l'abside.


Comme à Belleville il faut faire une mention des pilastres de cette arcature; Ils sont au nombre de quatre décorés de motifs essentiellement floraux couronnés de chapiteaux à décor végétal mêlant pour l'un un visage humain et l'autre ce qui pourrait être un serpent . Par leur style les pilastres semblent dater de la fin de l'époque romane et en tout cas plus tardifs que l'autel .




samedi 21 novembre 2015

L'arcature absidale de Notre-Dame de Belleville.

Je ne voulais pas terminer la découverte de cet édifice sans présenter le décor de l'abside auquel je consacre ce quatrième billet qui en souligne l'importance pour la région lyonnaise. Ce décor absidal est en effet d'un intérêt certain et poursuit l’expérience de la magnifique abside de Saint-Martin d'Ainay à Lyon, décor qui va connaître une faveur particulière en Dombes et aussi dans une moindre mesure dans certaines églises du beaujolais comme Avenas qui clôturera en beauté cette évocation de quelques églises romanes du Rhône.

Comme à Ainay dont j'ai tenu a montrer une image les trois fenêtres romanes de l'abside sont encadrées d'une arcature du plus bel effet même si les fenêtres ont été obturées lors de l'exhaussement de l'abside à l'époque gothique.
J'ai tenu donc a présenter deux photos de Lyon et de Belleville montrant les parentés stylistiques existant entre elles.
Notre-Dame de Belleville

Saint-Martin d'Ainay Lyon

Les cinq arcs qui encadrent les fenêtres reposent sur un bahut saillant . Les moulurations toriques des arcs retombent sur des piliers octogonaux avec des chapiteaux sculptés de feuillages variés à l'exception d'un sujet anthropomorphe figurant un homme barbu le torse nu qui semble sortir de son cadre dont il tient les rebords avec une sorte de sourire triomphant. L'interprétation de cette sculpture reste délicate et il est peu vraisemblable d'y voir un Christ entouré d'une mandorle.


La partie la plus remarquable est sans doute le décor de cinq pilastres qui reçoivent tous un décor systématique et presque baroque rappelant avec plus de faiblesse les pilastres de Saint-Martin d'Ainay mais qui sont d'un heureux effet et semble de la même main que le celle du sculpteur qui à décoré les tympans et les colonnes des deux portails sud.

J'ai associé dans un montage les cinq pilastres afin d'en mesurer la brillante diversité faites d'imbrications, de losanges, de rinceaux, de pointes portant des fruits, de décor d'entrelacs et de disques imbriqués, de grecques . Ce goût pour les motifs géométriques n'est pas sans rappeler aussi les motifs plus fréquemment employés à l'époque préromane ce qui comme certains chapiteaux peut surprendre dans une église de la fin de l'époque romane .


jeudi 19 novembre 2015

La sculpture des chapiteaux et des consoles ; entre archaïsme et dégénérescence.

Il est vrai que la sculpture est sans aucun doute décevante pour une église de cette importance à proximité des grands foyers d'inspiration du brionnais en particulier.

Les chapiteaux sont pour la plupart décorés de feuillages en fort reliefs et les rares chapiteaux historiés marque un affaiblissement certain de la sculpture romane de cette fin du XIIe siècle et rappellent par leur traitement assez maladroit les chapiteaux de Semur-en-Brionnais et de Curbigny. Ils sont cependant assez nombreux pour qu'on s'y attarde ainsi qu' à l'examen de la base de colonnes pour certaines sculptées de motifs géométriques.

On remarquera un chapiteau aux aigles et deux chapiteaux figuratifs assez énigmatiques, l'un figurant trois hommes dont les personnages semblent soutenir les angles comme des atlantes.
Un autre chapiteau figure lui un homme avec un bâton en proie à des serpents qui sortent de visages menaçant.





Un chapiteau qui semble plus ancien et en tout cas de meilleure facture, peut être provient-il de la première église détruite, a été réutilisé en bénitier .

Très intéressante est aussi la décoration des consoles situées à mi-hauteur des piles qui ont reçues un décor varié et presque caricatural dans l'esprit des modillons des corniches du Brionnais et déjà très proches de l'époque gothique.






On y trouve des quadrupèdes des masques, des acrobates, un visage dont la langue est traversée par un couteau à moins qu'il s'agissent d'un homme se taillant la barbe; le tout dans une représentation savoureuse et propre à cette époque.

Malgré l'affaiblissement évident de cette sculpture on admirera la fertilité des inventions mais fort curieusement un rappel de thèmes très anciens que l'on retrouve dans la sculpture paléochrétienne , comme le chapiteau des aigles ou encore le vieux thèmes des oiseaux buvant dans un calice. Cette église est ainsi le témoignage de la présence d'un véritable foyer de la sculpture et de l'architecture dans ce territoire traversé d'influences diverses sans en être totalement influencé.


mardi 17 novembre 2015

La décoration extérieure de Belleville; un creuset d'influences.

Belleville portail sud 1
Il est impossible de ne pas accorder un intérêt certains aux trois portails extérieurs de l'église qui bien que non historiés sont révélateurs du mélange d'influences propres à cet édifice.





Le portail de la façade situé sous la large rose circulaire qui éclaire la nef; est un portail à quatre voussures richement moulurées retombant sur des colonnes avec des chapiteaux à feuillage ou parfois des masques grotesques .
La corniche de l'avant-corps de la porte principale est supportées de modillons avec des décors de masques ou d'animaux simplifiés; ce portail tardif semble fortement marqué par des influences lyonnaises.

Il en va bien différemment des deux portails sud creusés respectivement dans le deuxième et le neuvième collatéral.Par simplification je les nommerai ici portail 1 et portail 2 pour les distinguer.

Belleville portail sud 1
Semur-en-Brionnais portail nord
Belleville portail sud 2


En effet ces portails sont presque identiques et s'inspirent manifestement du portail nord de Semur-en-Brionnais; j'ai donc juxtaposé des images des trois portails par gout de la comparaison.
La voussure unique des portails de Belleville est moulurée d'un tore retombant sur des colonnes torsadées ou décorées d'imbrications ou d'écailles. Les tympans sont sculptés de quadrilobes dont les pointes s'épanouissent en large fleuron.
Ces deux répliques du portail de Semur-en-Brionnais traduisent à merveille le goût de l'imitation entre sculpteurs parfois d'ateliers distincts même si ici à Belleville la sculpture semble marquer un certain essoufflement. La "surcharge" aussi de cette sculpture et une certaine maladresse est assez propre à la sculpture romane finissante de cette fin du XIIe siècle.
portail sud 2
portail sud 1

portail sud 1


Pourtant la sculpture des chapiteaux des deux portails est aussi parfaitement originale et semble traduire d'autres sphères d'influences tant ils ont peu de lien avec la sculpture brionnaise .
 De qualité inégale comme celui du chapiteau du portail 2 à tête d'animal crachant des rinceaux de feuilles dont le traitement est presque naïf ou maladroit . Le beau chapiteau du portail 1 figure une image plus fréquente de la sirène ici sans chevelure tenant de ses bras écartés sa queue dédoublée. Ces sculptures semblent s'inspirer davantage des ateliers auvergnat ou foreziens
Portail sud 2

Portail sud 1

mercredi 11 novembre 2015

Belleville sur Saone; la "Saint-Denis " du Beaujolais.

On devine de loin, en empruntant l'autoroute sur-fréquentée qui mène de Paris au sud de la France, la majestueuse tour ajourée de l'imposante abbaye Notre-Dame de Belleville. Bien qu'entourée aujourd'hui de barres d'immeubles disgracieuses de bâtiments industriels hideux et au milieu du vrombissement des voitures, la visite du centre de la ville ancienne et de son abbaye est vraiment remarquable et sans doute un des trésors de l'art roman du Rhône, trop peu connu.

Bien que les origines de la ville remonte aux premiers temps de l'histoire humaine par sa situation privilégiée en bord de Saône, la fondation de l'abbaye est relativement récente et date de l’extrême fin du XIIe siècle.
Contrairement a certains commentaires elle ne doit rien à la présence de Cluny et est le fruit de la volonté d'un seigneur local Humbert III de Beaujeu en guise de  vœu expiatoire pour la petite histoire  mais surtout comme le symbole de la volonté politique de puissance  d'une dynastie qui aura une importance certaine pendant tout le Moyen-Age.
Le Cartulaire Lyonnais rappelle que ledit "très illustre seigneur" la fonda dans " le quartier le plus retirée de la ville " cette église le 16 Octobre 1158 qui aurait été achevée en 1159 pour la première église puis entre 1168 et 1179 pour la construction de l'édifice actuel soit une rapidité de construction tout a fait exceptionnelle .
Son emplacement fut choisit avec soin par les Sires de Beaujeu soucieux de se rapprocher des grands axes commerciaux et religieux à un croisement presque parfait de routes terrestres et fluviales, prés d'un port reliant du nord au sud Mâcon à Lyon et d'est en ouest des monts du beaujolais à la Dombes avant la route des Alpes et de Genève.

Richement dotée par ses fondateurs, d'ornements de livres pieux de pièces d'orfèvrerie elle sera pendant plusieurs siècle le mausolée de ces Princes .
Sa situation privilégiée ainsi que l’intérêt que lui porteront les Sires de Beaujeu peuvent expliquer la majesté de cet édifice, en dépit des remaniements des pillages et des destructions des Guerres de Religion en particulier. La Révolution acheva le désastre avec les destruction de la première église, du cloître et de la plupart des bâtiments abbatiaux.

A l’extérieur on est frappé par les dimensions de l'église de plan basilical de plus de 63 mètres sur 17 de large et son vaste transept saillant . On peu admirer la qualité des absides romanes qui en dépit de l'obturation des baies et le rehaussement de la nef à l'époque gothique, sont scandées de cordons ornementaux sculptés qui sont très proches de ceux que l'on retrouve dans le lyonnais ou en Dombes .L'emploi d'une belle pierre calcaire blanche est également à remarquer.



Le puissant clocher carré situé au sud est particulièrement élégant avec ses deux étages de baies en plein cintre et géminées aux chapiteaux sculptés d'un sobre feuillage qui évoque déjà l'époque gothique . Il est encore au centre d'une controverse entre archéologues qui ont imaginé que, comme à Cluny, les bâtisseurs auraient envisagé la construction de trois clochers, thèse que rien ne permet d’étayer sérieusement. Toutefois plutôt qu'aux modèles de Cluny ce clocher semble s'inspirer des modèles de Lyon ou encore de Chambéry ou de Genève .

Enfin on abordera ici seulement la visite de la grande nef à double étage comme à Nantua avec des piles à section cruciforme et des demis-colonnes engagées dans les murs sud et nord qui reçoivent de grands arcs en berceau brisés . Comme on le verra encore en détail les architectes de cette églises ont puisés dans des inspirations multiples ce qui est souvent la richesse et la beauté de l'art roman.