dimanche 24 juin 2018

Le Thor ou la sévère noblesse de Notre-Dame du Lac.

Cette belle citation d'Albert Camus, permet assez bien de résumer l'impression que l'on ressent en visitant l'église du Thor.

« Le taureau enfonce ses quatre pattes dans le sable de l'arène. L'église du Thor ne bouge plus, force de pierre. Mais quand elle se mire dans la Sorgue claire, la force s'épure et devient intelligence. Elle encorne le ciel en même temps qu'elle s'enfonce dans un lit de cailloux vers le ventre de la terre »

Albert Camus–la Postérité du Soleil.

Cette église trop peu connue est l'une des plus remarquables de Provence et peut-être parfaitement datée par une charte de 1202 la qualifiant d'église neuve. Elle date de la fin du XIIe siècle.



Son plan extrêmement simple à nef unique, déploie une sévère rigueur extérieure dans la tradition des grandes églises provençales comme Avignon et Cavaillon, soit une nef unique de trois travées rythmées par des doubleaux descendant sur de longs pilastres. Elle possède une magnifique coupole octogonale nervée et une abside semi-circulaire, polygonale à l'extérieur.





La présence de croisées d'ogives bombées annoncent l'art gothique. La coupole assez traditionnelle en Provence et décorée des symboles des évangélistes. Le cul-de-four de l'abside est sous-tendu de nervures dont la section diminue jusqu'à l'extrémité supérieure décorée d'aigles aux ailes déployées.

L'arcature du cul-de-four est tapissée de sept arcatures en plein cintre moulure et avec une frise à dents d'engrenage et feuilles d'acanthe.Cette arcature est reproduite au chevet avec un beau décor de colonnes cannelées et  de bandes lombardes.


C'est église, est l'une des plus homogènes et impressionne par la puissance qu'elle dégage en particulier lors de la visite intérieure.

Le clocher est établi sur un massif carré avec un étage octogonal aux angles marqués par des colonnettes portant des chapiteaux garnis de masques ou d'animaux affrontés, l'ensemble a été complété par un lanternon au XIXe siècle.




C'est église si elle traduit une certaine continuité de style avec les autres églises provençales, adopte et intègre parfaitement les nouvelles techniques de conservation en particulier pour le voûtement et les croisées d'ogives.
Une attention particulière a été apportée à son décor tant intérieur qu'extérieur.

vendredi 1 juin 2018

Le cloître de Cavaillon.





Le petit cloître de la cathédrale est établi sur la face sud de l'église il suit un plan irrégulier rectangulaire comme celui d'Arles. C'est peut être l'un des cloîtres les plus modestes des grandes églises de Provence, mais il y règne un charme certain.



Les quatre galeries sont couvertes d'un berceau brisé renforcés par des doubleaux supportés par des consoles.



Les baies en plein cintre ouvrent sur le préau on en compte six pour la galerie nord, cinq au sud et quatre à l'est et à l'ouest. Coté promenoir les pilastres retombent sur des chapiteaux et des colonnettes portées par un mur bahut.


La plupart de ces chapiteaux sont très dégradés, peu être lors des saccages des troupes protestantes. On devine cependant quelques chapiteaux historiés et de beaux chapiteaux à feuillages qui datent de la première construction de ce cloître au XII° siècle, lequel, en dépit des destructions et de remaniements conserve une harmonieuse homogénéité.



Dans l'une des galeries est conservé une belle épitaphe traduite savamment par Robert Favreau.
J'en livre seulement la traduction car le texte est délicieux.








dimanche 27 mai 2018

La cathédrale de Cavaillon, un modèle peu connu de l'art roman en Provence.

On ne sait que très peu de chose sur les origines de sa fondation qui pourrait être ancienne comme en atteste la découverte d'une table d'autel mérovingienne conservée au musée de la ville et la légende de sa fondation par Saint-Véran évêque au VI° siècle.


L'église actuelle est essentiellement du XII° bien que largement remaniée après les destructions des troupes protestantes du Baron des Adrets. Derrière une façade moderne on découvre cependant un monument assez homogène et peu connu. En particulier une belle nef romane de cinq travées avec une coupole sur trompes et une abside polygonale.



Bien que recouverte d'un épais badigeon de couleurs très vives au XIX° siècle le décor de la nef laisse découvrir un beau décor sculpté essentiellement fait de feuillages à l'exception des symboles des quatre évangélistes aux trompes de la coupole. Des 24 chapiteaux de la nef certains sont modernes ou on été retaillés mais pour ceux d'origine il faut admettre une belle maîtrise de l'art du sculpteur qui rappelle celui d'Aix-En-Provence. On remarquera aussi sur l'une des colonne la présence d'un serpent sculpté qui semble remonter le long de la colonne dans un mouvement complexe.



A l’extérieur la lecture de l'édifie est plus aléatoire, la façade est refaite et le clocher octogonal qui est lui d'origine et a pour particularité d’être fondé sur une souche circulaire mais on lui a adjoint au XV° une autre tour pour recevoir l'horloge et qui en dénature l'ensemble. Un élément remarquable cependant est la présence d'un frise sous la corniche de la nef composée pour une grande partie de rinceaux d'acanthes et de petits panneaux décoratifs peu visibles qui Offre des similitudes avec d'autres édifices à Avignon ou à Aix.




C'est par le chevet qu'il faut terminer cette visite,car c'est la partie la plus homogène mais aussi la plus authentiquement romane de l'édifice.






C'est sans doute aussi le plus tardive, de la fin du XII°. L'abside pentagonale est tapissées d'arcades aveugles moulurées avec des petites roses et des boutons dans les archivoltes. Ses angles sont marquées de belles demi-colonnes cannelées avec de superbes chapiteaux à larges feuilles. L'ensemble, très harmonieux et abouti est caractéristique
des modèles provençaux et du goût de l'antique dans la deuxième partie du XII° siècle.


lundi 21 mai 2018

Cavaillon avant les romains et le site de Saint-Jacques.

C'est de la colline Saint-Jacques qui domine la ville que l'on comprend mieux le choix et le développement de la ville de Cavaillon.

La ville est devenue à l'époque romaine un important centre urbain vers l'Italie mais fut l'objet d'une occupation dés l’époque préhistorique.
Jean-Paul Clébert dans son intéressant ouvrage sur la Provence antique est un des premier à avoir remarque la réutilisation presque systématique des sites pré et proto-historiques par les celtes puis par les romains et ensuite de la christianisation de la Provence par un chapelet d'églises et de chapelles.

Cavaillon s'est déployé tardivement au pied de la colline saint-Jacques dont les abruptes falaises offrent une vue remarquable sur la ville actuelle qui tire son nom du premier oppidum des gaulois Cavares.

Au pied de la colline on peut encore découvrir le charmant arc de triomphe et la cathédrale objet de mon prochain billet.


La chapelle Saint-Jacques conserve le chevet du XII° siècle à plan pentagonal typique de l'art roman provençal très homogène et en bel appareil.