dimanche 12 février 2017

Speyer; une cathédrale impériale .

Dédiée à Notre-Dame de l'assomption et à Saint-Etienne; la cathédrale de Speyer ou Spire en français est une oeuvre emblématique de l'Allemagne romane à bien des égards.

C'est d'abord une des plus grande église romane d'Allemagne avec ses 134 mètres de longe et ses six tours visibles de fort loin et dominant la vallée du Rhin; C'est aussi une nécropole impériale indissociablement liée à la dynastie des empereurs saliques qui succédèrent aux ottoniens, dont elle partagea la destinée jusqu'au début du XIIIe siècle . Son ambitieux programme fit d'elle une véritable "Saint-Denis germanique".

Elle fut aussi un modèle architectural, inspirant tout au long du Rhin les grands édifices de Worms, Mayence ou Cologne et fut à l'initiative de modèles architecturaux innovant.

C'est aussi une église martyr en particulier des guerres provoquées par la France de Louis XIV lequel fut un des premiers adeptes de la politique de la terre brûlée et détruisit nombre de villes villages, châteaux et églises de cette région du Rhin et porta un coup mortel à cette somptueuse cathédrale en 1689 qui fut sévèrement atteinte encore davantage que par les incendies des siècles précédents ou les outrages de la Révolution et des deux guerres mondiales du XXe siècle.

C'est enfin un modèle précoce de restauration au XVIIIe siècle par deux architectes d'exception; Balthasar Neuman et son fils François-Ignace-Michael. En effet les architectes entreprirent de reconstruire méticuleusement une église en tout point conforme au modèle médiéval roman au lieu de choisir une reconstruction baroque plus en faveur à l’époque . Il firent de ce chantier le plus grand chantier de construction de l'époque baroque dans le Palatinat et furent les précurseurs d'un débat qui agite encore les restaurateurs d’édifices anciens en particuliers en France depuis le XIXe partagés en deux écoles; l'une favorable à la restitution origine au risque de totale reconstruction, l'autre favorable à la préservation d'un édifice tel qu'il se présente sans modification d'envergure. Le débat est loin d’être clos et mériterait un livre à lui seul...
A Speyer il est évident que le parti choisi fur celui de restituer l’église d'origine en particulier en supprimant ses adjonctions gothiques et même en recréant les parties détruites du monument; mais les restaurations ou reconstructions restent encore majoritairement saluées pour leur grande qualités.

Il existe une abondante documentation sur la cathédrale de Speyer et il n'est pas l'objet ici d'en détailler la visite ( je renvoie pour cela à l'excellent exemplaire du Palatinat roman parut il y a quelques années aux éditions du "zodiaque"), je ne présenterais ici que quelques remarques essentielles en plusieurs billets toutefois compte tenu de l'importance du lieu.

Le site de Speyer est connu depuis la préhistoire mais il connaîtra seulement au XIe siècle son destin avec l'avènement de Conrad II au trône impérial qui entreprit la construction de la cathédrale commencée autour des années 1025 à 1030 et qui réalisa d'abord une vaste crypte qui ne fut consacrée qu’après la mort de l'empereur en 1041. Les quatre empereurs saliques qui se succédèrent prirent un soin particulier à cette construction destinée à devenir leur mausolée mais c'est à l’Empereur Henri IV quelle doit on élévation la plus magistrale en 1081 pour entreprendre la construction d'une église conforme au modèle que l'on visite aujourd'hui et qui était presque achevée en 1106 à sa mort.

Premier lieu de sépulture d'une dynastie en Allemagne, il n'est pas inintéressant d'ajouter qu'elle fut particulièrement embellie par l’empereur au cœur de la "querelles des investitures", celui là même qui dut faire pénitence devant le pape puis fut excommunié et enfin déposé par son fils Henri V qui paracheva cependant l'oeuvre de son père. A la fin de la dynastie au XIIIe siècle la cathédrale conservera son importance.




La vaste église que l'on découvre est impressionnante par ses dimensions et sa majesté avec son superbe massif oriental qui est la partie la plus authentique mais aussi son massif occidental totalement reconstruit fidèlement lors des restaurations du XVIIIe.

Parmi les innovations les plus remarquables on remarquera pour cette visite extérieure la grande abside ornée d'arcatures aveugles portée par des demies colonnes qui ornaient également les murs de la nef.

L'une des grande innovation de la construction entreprise sous le règne de Henri IV sera le réalisation d'une galerie ouverte au dessus des arcades du chœur, mais aussi des tours et coupoles selon un modèle qui inspirera nombre de grands monuments voisins. Les coupoles furent elles largement remaniées en particulier celle du massif occidental.

Cette galerie qui deviendra caractéristique des églises du cours supérieur du Rhin est proche des modèles d'Italie du nord et de Toscane.


Sur tous les murs les marques de restaurations sont nombreuses et l'on peu dire que la plupart des pierres les plus sombres sont des pierres d'origine réemployées tandis que les plus claires appartiennent aux restaurations.


Enfin il convient aussi de s'attacher à la qualité de la sculpture de fenêtres du transept qui sont presque toute d'origine et sont remarquables par leur qualité. Elles sont aussi les seuls exemples de décor sculpté encore visible de cet édifice. La finesse et la richesse du décor des frises des moulures de la corniche offre un surprenant décor de méandres végétaux et de figures animalières étrangement archaïsant, essentiellement des lions.








Enfin un beau relief est employé dans l'abside. Cette énigmatique sculpture appartient au premier édifice et figure des hommes au milieu de feuilles de volutes  de serpents et de lions qui est interprété comme une évocation du paradis ( interprétation qui ne me convainc pas totalement).

jeudi 9 février 2017

Saint-Pierre et Paul de Schwarzach; une belle copie et quelques restes...

Lorsque l'on prend la route en direction du nord, on observe de loin le clocher et la forme massive d'une église caractéristique des formes romanes.
Il existe bien dans la commune de Schwarzach- Rheinmünster une abbaye bénédictine de fondation  ancienne mais dont les formes actuelles ont été presque entièrement réinventée selon un goût très répendu en Allemagne de telle sorte qu'il est difficile parfois de faire la part entre les parties authentiques d'un monument et les parties totalement reconstruites.

La fondation du lieu remonterait au VIIIe siècle date à laquelle le lieu dit "Scharze Ache" vit la création d'une communauté de moines sous le vocable de Saint-Pirmin. Mais l’église dut être reconstruite et déplacée en raison des vaste mouvements des crues  du Rhin.
C'est  à la fin du XIIe et au début du XIIIe siècle que le monastère fut amplement reconstruit par des moines bénédictins là encore dans le vaste mouvement de réforme religieuse inspiré par Cluny dans la région que nous avons déjà observé dans de nombreuses fondations de la région. Schwarzach serait ainsi la dernière fondation dépendante de l'abbaye d'Hirsau.


Les "restaurations" ou " reconstructions" entreprises entre 1967 et 1969 ont voulu retrouver les formes d'origine en particulier le plan basilical et une vaste nef plafonnée à collatéraux dont les massifs piliers de la nef centrale supportent des chapiteaux cubiques largement décorés de motifs floraux et animaux. Cette nef en particulier est peut être la partie la plus authentique de l'église qui fut "baroquisée" au XVIII e avant d’être "débaroquisée au XXe.


Le chevet et la façade semblent avoir été plus largement reconstruits je l'espère dans le respect du plan d'origine. Il est difficile en particulier de savoir si le tympan qui montre le Christ entouré des Saints Pierre est Paul est une oeuvre d'origine ce qui est cependant certifié par les indications locales et qui semblent se vérifier par l'examen visuel d'une oeuvre que l'on peut rapprocher d'autres tympan locaux.

Mais les restaurateurs on préservé du bâtiment d'origine  quelques pièces particulièrement intéressantes conservées dans une petite construction attenante à l’église actuelle.

Il s'agit des reste de chapiteaux de la nef , vastes chapiteaux cubiques selon le modèle inspiré à Hirsau avec une large corbeille  décorée de beaux motifs végétaux et pour l'un d'eux de têtes de lions au milieu de rinceaux.





On y observera aussi quelques colonnettes de l'ancien cloître avec chapiteaux végétaux qui ne sont pas sans rapport avec les œuvres cisterciennes qui à la suite de Cluny eurent une grande influence .


Enfin on ne manquera pas d'admirer à l’extérieur une belle fontaine circulaire que l'on peut rapprocher de celle de Saint-Ulrich de Bollschweill bien que les motifs en soient bien plus altérés; de telles œuvres sont rares et il est surprenant de découvrir deux de ses exemplaires à peu de distance.


dimanche 5 février 2017

Burgheim, une modeste mais vénérable église.

Difficile de reconnaître dans cette discrète église de le ville de Burgheim dans le quartier de Lahr une des plus ancienne église de le région .
En effet les fouilles entreprises dans la région mirent à jour d'importantes sépultures du VIIe siecle et en particulier un sarcophage avec une gravure très fruste d'une croix chrétienne peut être un des premier témoignage de conversion à la foi nouvelle d'un prince ou d'un seigneur barbare.Mais c'est aussi dans cet ensemble qu'ont été trouvés les soubassements d'une première église en pierre également du VIIe siècle et aussi d'un autel et il n'existe pas de trace aussi anciennes d'un édifice religieux chrétien dans la région.



L'église après les invasions hongroises du Xe siècle sera entièrement reconstruite selon le plan classique des des églises ottoniennes , c'est à dire un double chevet occidental et oriental, dont il ne reste rien aujourd'hui si ce n'est un massif clocher aux baies ajourées d'arcades typiques de la vallée rhénane. En dépit de la modestie des reliefs de cette église il me semblait qu'elle avait tout a fait sa place dans ce périple en outre elle est encore entourée d'un modeste mais paisible et charmant ancien cimetière.

mardi 31 janvier 2017

Saint-Aurelius d'Hirsau.

Si on prend le temps de passer l'enceinte de l'ancienne abbaye en direction du centre du village on trouvera au delà de la rivière du Nagold les reste de l'ancienne église Saint-Aurélius.
Cette église a plusieurs intérêts en dépit des ravages dont elle a été l'objet, comme l'abbaye principale, qui l'on amputée de sa nef et de son chevet dont seuls les traces sont visibles au sol au milieu des habitations.

Transformée en habitation puis en garage et même en salle de gym, une restauration récente et la mobilisation des habitants l'on sauvé de la destruction.


Cette église aurait été fondée aux origines du monastère et après reconstruction daterait des années 1059 à 1071 soit avant le construction de l'abbaye Saints-Pierre et Paul.

Cette église a également adopté le plan basilical qui sera repris par l'abbaye principale après son édification. Il en reste une nef raccourcie et charpentée très sombre. Les arcades de la nef reposent directement sur de puissants piliers aux chapiteaux cubiques massifs sans astragale et dont le tailloir repose directement sur le chapiteau.

Ce style trouvera une grande prospérité en Souabe.


dimanche 29 janvier 2017

Le destin tragique de l'abbaye d'Hirsau.

Bon nombre des églises de la région ont une filiation plus ou moins proche avec cette abbaye qui eu une position fondamentale à la fin du XIe siècle date de sa construction des années 1082 à 1091 et pour les décennies qui suivirent.

La première chapelle dédiée à Saint-Nazaire fut réalisée au VIIIe siècle ainsi que le premier monastère par le Comte Erlafried de Claw, parent de l’évêque lombard de Vercelli qui lui confia les reliques de Saint Aurelius de Ridito, évêque arménien mort au Ve siècle. Les premiers moines venaient alors de Fulda. Devenu prospère les années suivantes le monastère fut cependant ravagé au Xe par les guerres les maladies et les conflits entre religieux et laïques .

Il faudra donc attendre la fin du XIe siècle pour voir renaître le monastère sous l'impulsion d'un moine énergique venu de Regensburg en Bavière; Guillaume de Hirsau, monastère fut alors placé sous le vocable des Saints Pierre et Paul.

Guillaume prit en main la refondation à la fois des bâtiments mais aussi de la règle des moines en plein cœur de la querelle dite des investitures qui opposait alors le Pape et l’Empereur tous deux soucieux d'assurer leur suprématie sur la puissance de l'église à l'occasion de la nomination des évêques. Cette période est riches d'enseignements sur l'histoire de l’Église d'occident et est l'une des première manifestation d'ampleur d'un affrontement entre le pouvoir laïc et le pouvoir religieux et curieusement naît en terre d'Empire comme le sera plus tard le mouvement de la Reforme. La querelle se terminera momentanément par la victoire du pape sur l'empereur et le concordat de Worms en 1122 après la pénitence de l'Empereur Henri IV à Canossa.

L'abbaye de Cluny prit une part décisive dans cette querelle par son soutient à la papauté et gagna grandement en puissance . Or c'est précisément à Cluny que Guillaume de Hirsau décida d'affilier son abbaye en pleine réforme.

L'oeuvre de Cluny par l'abbaye de Hirsau fut déterminante dans la région au point que bon nombre de fondations ou d'affiliations religieuse furent réalisé par Hirsau ce que l'on pourrait qualifier de "révolution bénédictine" selon une formule peut être aventureuse .

Ce vaste mouvement à la fois religieux et politique s'accompagna aussi d'un important renouveau de l'architecture pour laque Hirsau occupe une place d'importance dans le sud de l'Allemagne.

Il fut en effet décidé de la création d'une église d'un type nouveau dans la région soit d'une vaste basilique à piliers couverte d'une charpente avec une tour sur chacune des travées est des bas-cotés. Le chœur à trois nef possédait un chevet plat et chapelles centrale et latérales. Le transept saillant possédaient une abside et une tour à la croisée selon le modèle inspiré par Cluny II. Enfin il fut décidé la réalisation d'un massif occidental, bien éloigne toutefois du modèle ottonien devant une vaste cour d'entrée. Ce modèle sera reproduit dans nombres d’églises  filles d'Hirsau comme Altenstadt ou Klosterreichenbach .

Pourtant l'abbaye sera entièrement dévastée en 1692 par les armées françaises de Louis XIV qui n'en laissèrent que des ruines; destin funeste et précurseur de celui de Cluny un siècle plus tard.La photo de la maquette jointe permet d'imaginer l'abbaye dans toute sa puissance avant sa destruction.


Hormis les quelques ruines encore visibles de la vaste nef qui impressionne par ses vaste dimensions et d'un cloître où les restes romans sont difficilement visibles, il reste essentiellement une haute tour romane du massif occidental.



Cette tour visible de loin avec ses trois étages laisse imaginer la richesse de la sculpture et de l'architecture de l'église disparue. Les trois étages inférieurs sont décorés d'arcatures aveugles avec une réelle imagination stylistique. Aux trois étages supérieurs  des baies jumelles d'exactes dimensions.
Au dessus des deux premiers niveaux et de chaque coté courre une étonnante frise de personnages barbus comme des sortes d'atlantes entourés d'une frises d'animaux essentiellement des lions et de cerfs. L’interprétation de ces symboles est toujours délicate mais ce bestiaire connaitre un riche développement dans toute la Souabe comme nous le découvrirons encore plus loin.








dimanche 8 janvier 2017

Saint-Grégoire de Klosterreichenbach.


Je reprends le cour de ce voyage en suivant la route de la Foret Noire jusqu'à Speyer en faisant une halte par le hameau de Klosterreichebach où l'on peut admirer une belle et sobre église siège d'un prieuré dépendant de l'abbaye toute proche de Hirsau .
Le fondation de l'église daterait de 1082 et fut achevée en trois années jusqu'en 1085 date de sa consécration par l’évêque de Constance. Il n'y a que peut de source précise sur sa construction mais un plan laisse mesurer la relative importance de cette fondation clunisienne qui disposait également d'un cloître aujourd'hui disparu et de nombreux bâtiments monastiques.



L'église actuel présente un plan basilical, fréquent dans la région avec un beau massif oriental avec deux tours latérales percées de baies en plein cintre, a noter la présence d'absidioles orientées au nord et au sud à la base de chacune des tours. L'église comportait également u vaste porche, ici fortement remanié comme à Hirsau.




A l'interieur une vaste nef  unique plafonnée permet d’accéder à l'abside plus large que la nef qui forme aussi la croisée du transept séparée par deux grosses piles formées de quatre colonnes réunies. On peut aussi remarquer les reste des poignées de bronze à tête de lion sans doute d'époque romane mais plus frustes que celles d'Alpirsbach.